Amédée prend la clef des champs

juin 2017

Amédée n’en pouvait plus. Les métros bondés, les embouteillages quotidiens, les contraventions pour stationnement courageux, les loyers exorbitants, l’air pollué, le stress, l’angoisse… Mais que faisait-il encore en ville ?

C’est vrai, après tout, rien ne le retenait vraiment ici depuis qu’il avait quitté son emploi chez Genius Inc. Il réalisait la majeure partie de ses vœux online ; pour travailler, il lui suffisait finalement d’une connection internet, de son ordinateur, de son casque et d’une bonne playlist. Et puis Frangipane s’arrondissait de jour et jour… et il était hors de question que leur petit Boniface grandisse au milieu des pots d’échappement. De toutes manière, ils avaient loupé le coche pour la crèche et n’avaient pas de chambre pour accueillir l’enfant. Finalement, la décision fut prise : on allait quitter la ville pour s’installer à la campagne.

TROUVEZ VOTRE SPOT…

La campagne ! Mais laquelle ? C’est vaste la campagne et un peu vide aussi… alors où aller ? Sans relâche, Amédée avait parcouru le Royaume à la recherche du lieu idéal. Il avait été séduit par les hautes montagnes de l’Est mais il lui fallait trois jours pour se rendre à la ville où travaillaient encore une bonne partie de ses clients et aussi ceux de Frangipane. Les îles de l’Ouest l’attiraient depuis toujours, mais internet y était moins constant que le vent. Impossible de travailler sérieusement dans ces conditions. À force de chercher, Amédée finit par trouver un petit coin qui lui sembla idéal : la nature était généreuse et hospitalière, internet fonctionnait parfaitement et la ville n’était qu’à deux heures de diligence.

Mais Amédée restait encore circonspect : il n’osait trop se l’avouer, mais il avait peur… peur de se retrouver seul, isolé, complètement perdu de recherche. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il apprit qu’un espace de coworking se trouvaient à seulement dix minutes de chez lui… au beau milieu des champs. Pour en avoir le cœur net, il se rendit sur place.

Il y trouva une compagnie hétéroclite de travailleurs nomades en maraude, d’indépendants des alentours, et même de salariés en liberté. Il retrouvait cette émulation qu’il avait connu dans l’espace de coworking qu’il fréquentait lorsqu’il vivait encore en ville et il savait l’importance de bien s’entourer. En discutant avec son hôte, ils réalisa que d’autres espaces de coworking comme celui-ci existaient dans le Royaume, même dans les contrées lointaines. Il y en avait dans le pays des montagnes et dans celui des collines, dans le pays des vins du bord de l’eau et dans celui des vins de l’intérieur (le Royaume comptait nombres de pays du vin, Amédée en était fort aise).

Grâce à ses nouveaux contacts, Amédée trouva une jolie maison avec un grand jardin qui plut tout de suite à Frangipane. Ils s’y installèrent après quelques travaux, la maison fut meublée à leur goût, il ne manquait plus que Boniface.

… ET VOTRE RYTHME

Au début, les clients d’Amédée avaient été surpris. Leur prestataire préféré était maintenant domicilié Impasse du Sanglier… On a beau dire, ça fait quand même moins d’effet que Rue du Roi de Sicile. Mais finalement, ils s’y étaient fait. En fait, pour eux, rien n’avait changé : Amédée continuait à faire du bon boulot, une ou deux fois par semaine, il revenait en ville pour faire le point avec eux et, le reste de la semaine, il était toujours joignable sur Slack et dispo pour un petit Skype.

Il avait bonne mine et débordait de créativité, il était heureux et efficace. Amédée avait même constaté un gain de productivité : il se dispersait moins qu’autrefois : dans sa campagne, il pouvait se concentrer sur la production, sans qu’aucune distraction ne viennent le polluer et, lorsqu’il retournait en ville, il se faisait la tournée des clients et partenaires. Entre les deux, dans la diligence, il en profitait pour lire les articles et autres rapports qui s’accumulait autrefois sur son compte Evernote sans qu’il n’eût jamais le temps de les consulter.

Amédée, aimable comme vous savez, n’eut pas de peine à s’insérer dans la vie locale. Il trouva, sur place, de nouveaux partenaires, certains avaient grandi ici, d’autres, comme lui, avaient quitté la ville pour s’installer dans la région. Le weekend, Amédée recevait ses amis restés en ville, bien contents qu’ils étaient de profiter d’un grand bol d’air en bonne compagnie. Certains avaient commencé à chercher une maison dans le coin…

En juin, Amédée se fait plaisir et vous emmène à la découverte de ces freelances qui quittent les villes pour s’installer dans les campagnes. Libres de travailler où bon leur semble, ils sont de plus en plus nombreux à prendre la clef des champs. Avant-garde d’un exode urbain à venir ou nostalgiques du Larzac des années soixante, s’il est encore trop tôt pour le dire, une chose est sûre : le web bouleverse aussi notre géographie. À nous d’en profiter.

Antoine van den Broek
Rédacteur en chef d’Amédée

Indépendant, frère-fondateur de Mutinerie, penseur, acteur et témoin des nouvelles formes de travail, passionné par le développement de communautés, j’aime faire des rencontres et raconter des histoires, deux activités auxquelles je peux me livrer par la grâce d’Amédée

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