Benjamin, Dr Feelgood

Le monde du travail n’est pas tendre. Mais heureusement, il y a Benjamin ! Consultant et formateur RSE, il a compris que la responsabilité sociale des entreprises passait d’abord par des collaborateurs conscients, en bonne santé physique et mentale. Les maux de l’entreprise, Benjamin les connaît bien et ceux du travail indépendant aussi. À son compte depuis bientôt six ans, il a su résister à ses sirènes et a appris à en éviter les écueils. Aujourd’hui, pour les beaux yeux d’Amédée, il a accepté de partager son expérience. Une ITW toute en douceur.

Quel est ton métier ?

J’accompagne les entreprises sur les sujets de la santé, du bien-être au travail et du développement durable. Je suis à la base formateur et consultant sur ces sujets, mais je coordonne surtout aujourd’hui un réseau d’intervenants, avec lesquels je construis des programmes d’intervention. Il s’agit notamment d’ateliers courts, qui ont lieu dans les locaux des entreprises, pendant lesquels les salariés échangent avec un expert sur des sujets variés (alimentation, gestion du stress, communication, écologie…)

Depuis combien de temps, es-tu indépendant ? Que faisais-tu avant d’être à ton compte ?

Tout a commencé en 2011. J’étais consultant dans une petite agence dans laquelle je m’ennuyais un peu. Je suis parti pour reprendre des études en santé et environnement et un jour, j’ai commencé à griffonner sur un carnet une idée d’ateliers en entreprise où on parlerait bien-être et écologie dans une ambiance décontractée. Puis j’ai construit petit à petit, d’abord en couveuse, ensuite en auto-entreprise, aujourd’hui en SARL. Progressivement, le réseau s’est agrandi, et aujourd’hui, on rassemble une quarantaine d’intervenants.

Pourquoi avoir fait ce choix ?

Quand je suis sorti d’école de commerce au début des années 2000, je pense qu’entrepreneur était la dernière chose à laquelle je me destinais. Baigner dans les business plans et sacrifier sa vie au travail, c’était à l’opposé de mes choix de vie. Je rêvais d’un travail tranquille dans l’associatif, bien plus que de start-up ou de carrière en entreprise.

Mais progressivement, j’ai compris qu’on pouvait vivre ses valeurs en tant qu’entrepreneur et profiter aussi d’un bel équilibre de vie. Ce qui, au départ, devait durer 6 mois (j’ai créé l’entreprise pour valider mon stage de master) est devenu mon mode de vie depuis 5 ans…

Tu accompagnes des entreprises sur des questions relatives à la santé et au bien-être au travail, quels sont les maux les plus répandus dans le monde de l’entreprise ?

Les études montrent que les principaux facteurs de stress sont à chercher du côté du manque d’autonomie dans son travail et du manque de reconnaissance.

Ce sont des maux assez classiques liés à des formes d’organisation et des pratiques managériales bien connues. Mais les salariés mettent aussi en avant l’équilibre difficile entre vie professionnelle et vie personnelle ou la perte de sens au travail, qui sont liés à des évolutions plus larges de la société (accélération du temps, perte de repères, recherche de valeurs nouvelles).

Je constate aussi un sentiment très fort d’injustice, qui est étonnamment peu adressée par les RH comme par les chercheurs.

Je ne parle pas seulement des discriminations, mais aussi de l’augmentation des inégalités salariales, de la persistance des inégalités de statut et des avantages symboliques, qui font peser un climat négatif et alimentent le désengagement des salariés.

Enfin, en matière de santé, on connaît l’impact très lourd des TMS sur les arrêts de travail, mais le coût d’une mauvaise alimentation, d’un manque de sommeil ou de la sédentarité sur le bien-être et l’efficacité des salariés me semblent encore très sous-estimée.

Le travail en freelance offre-t-il des réponses à ces souffrances corporate ?

En partie. Travailler en freelance permet d’agir en plus grande autonomie et de construire soi-même le sens de sa mission. Si le travail en freelance est choisi et pas subi, on a déjà fait la moitié du chemin.

Mais attention, agir en autonomie signifie également exposer sa personne, ses compétences professionnelles comme ses qualités humaines.

Si on traverse une phase difficile, c’est la confiance et l’estime de soi qui sont attaquées, des marqueurs essentiels du bien-être.

En tant que spécialiste de la question et en tant qu’indépendant, quelles sont, selon toi, les plus grands dangers qui menacent le freelance ?

Les conditions de travail jouent un rôle essentiel. Pour beaucoup, le passage au freelancing marque la fin du trajet quotidien au bureau, le choix d’horaires parfois plus adaptés à son horloge biologique, et un travail à domicile, qui peut aussi simplifier la vie de famille. Un soulagement en somme ! Mais c’est parfois aussi l’occasion d’un relâchement dans l’hygiène de vie (sédentarité, mauvaise alimentation, horaires décalés) ou même d’un début d’isolement social.

L’autre risque, c’est de se laisser enfermer dans ses compétences. On n’aura pas l’occasion au quotidien d’échanger avec un technicien, un collègue du marketing ou le secrétariat, et on ne pensera pas naturellement à consulter des programmes de formation.

A mon sens, c’est sur ces points que les espaces de coworking peuvent améliorer l’équilibre de vie. En facilitant les rencontres avec des profils variés, en simplifiant l’accès à des formations, et en proposant un rythme régulier aux freelances. Car la routine, ça a aussi du bon !

On peut imaginer que tu t’appliques à toi-même, ce que tu prescris aux autres, quels sont les trois conseils que tu donnerais à un travailleur indépendant ?

D’abord, que si votre identité d’entreprise peut s’inspirer de vous et de vos valeurs, gardez en tête que ce n’est jamais « vous que vous vendez », malgré l’expression consacrée.

Je veux dire que le narratif que l’on construit autour de son entreprise est un reflet de soi et de son parcours, mais qu’il est important de garder la distinction entre soi et son métier. On ne se vend pas, on vend ses compétences pro et relationnelles, mais ce n’est jamais tout à fait soi.

Quand on s’identifie trop à son entreprise, on finit par oublier qui on est et à oublier les autres. Le risque est une confusion de l’identité, une perte de confiance et d’estime de soi dès que les choses tournent mal dans son activité

Ensuite, je vous conseille de varier vos espaces de travail : essayez d’identifier ceux qui accompagnent bien différentes situations, suivant que vous avez besoin de concentration, de silence, de détente, de créativité, d’interaction… Il n’y a pas un mode de vie sain comme il n’y a pas un mode de travail efficace, il faut surtout apprendre à se connaître.

Enfin, si vous avez rejoint un espace de coworking, ne refusez jamais une pause proposée par vos collègues. Même si c’est pour une bière et qu’on vous dit que c’est mauvais pour la santé.

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