Être freelance à New-York

New-York est une ville hors-norme, excitante, stimulante, captivante. Du monde entier, elle draine des talents et dans tous les domaines. Pouvoir y vivre est une expérience forte, presque initiatique, mais cela ne se fait pas sans peine. La concurrence est rude et la ville sans pitié.

Les repères des freelances

Idéalement situé en plein Soho, cet espace étonnant a été conçu à partir d’éléments d’une vieille grange délabrée du Missouri. Le résultat est plus que convaincant ! The Farm propose une ambiance champêtre et rustique propice à la concentration et particulièrement bienvenue dans la jungle urbaine de Manhattan. Et, surprise… les tarifs y sont étonnamment doux pour le quartier : 22€ la journée, 155€ par mois pour un poste en hot-desk et 275€ par mois pour un poste résident nominatif. Autre bonne surprise : les animaux y sont les bienvenus. Normal pour une ferme remarquez…

À deux pas du Madison Square, NeueHouse est un espace difficile à qualifier. Plus proche du club privé que du coworking, ce lieu au design particulièrement réussi, propose une programmation impressionnante d’événements éclectiques, originaux et pointus. Il y en a tous les soirs et pour tous les goûts, avec un penchant pour les sujets liés au cinéma, au design, à la mode, l’architecture et les arts ; on pourrait y passer sa vie… Mais tout cela a un coût. L’entrée de gamme à 170€ vous permettra de fréquenter le lieu et ses influents occupants le soir en semaine et le weekend toute la journée. Vous aurez aussi le droit de booker des espaces et des journées de coworking, mais tout cela sera en supplément… Pour 430€ par mois, vous avez en plus droit à cinq journées de coworking quand vous voulez. Un poste fixe avec un accès illimité à tous les événements culturels du lieu vous coûtera la modique somme de 1300€ par mois…

L’histoire de Cafe Grumpy a commencé en 2005 à Greenpoint, qui n’était pas encore le repère de hipsters qu’il est en train de devenir. Le concept est simple et terriblement efficace : un excellent café, des petits plaisirs à grignoter, de la bonne musique, un bon wifi et des grandes tables avec tout ce qu’il faut pour travailler. Un café calme et studieux idéal pour bosser quelques heures et même des journées entière. Depuis Grumpy a fait des petits, une dizaine de cafés répartis entre Brooklyn et Manhattan. L’entrée ne coûte rien et le café est bon, vous auriez tort de ne pas essayer.

Rencontre avec Mai Lê, freelance à New-York

Bonjour Mai Lê, peux-tu nous dire quelques mots sur ton parcours ?

Je suis née il y a 30 ans à Paris. J’ai ensuite vécu à Nantes, Grenoble, Paris et Huddersfield (UK), puis je me suis installée à New-York où je réside depuis 9 ans. Après des études de commerce, j’ai décidé de suivre ma passion pour la danse, c’est d’ailleurs cette passion qui m’a poussé à m’installer ici. Je travaille aujourd’hui comme indépendante pour deux compagnies de danse hip-hop : la Passion Fruit Dance Company à New York et Rennie Harris PureMovement à Philadelphie. En parallèle, je m’occupe d’un programme de soutien aux danseurs de rue et du métro (street and subway dancers) intitulé It’s Showtime NYC! Ce programme a été lancé il y a moins de quatre ans et je l’ai rejoint il y a deux ans. Nous encadrons aujourd’hui une trentaine de danseurs. Le programme marche super bien et me demande de plus en plus de temps. Je m’éclate dans ce job à la confluence de plusieurs de mes centres d’intérêt et savoir-faires : la création artistique et le projet éducatif et social avec en plus une dimension managériale. Et puis, en plus de cela, j’ai monté LayeRhythm, un événement mensuel et participatif d’impro musique et danse (tous les derniers mardis du mois au Nublu).

Pourquoi avoir choisi de t’installer à New-York ?

New-York est la Mecque des danses hip-hop, il était donc naturel que j’aille découvrir cette ville, ce que j’ai fait une première fois à la faveur d’une promo sur un aller-retour Paris-NY. Avant de partir, j’avais envoyé une flopée de candidatures à toutes sortes de boîtes histoire de profiter de mon passage pour rencontrer d’éventuels futurs employeurs. La plupart de mes mails sont restés sans réponse, et j’ai essuyé pas mal de refus, mais j’ai finalement reçu une marque d’intérêt d’une petite boîte de finance à la recherche de stagiaires. J’ai passé l’entretien le lendemain de mon arrivée, le courant est bien passé et j’ai été prise le jour même. Je suis rentrée en France pour préparer ma venue et je me suis installée à NY où j’ai passé un an.

Je suis ensuite rentrée en France pour finir mes études et j’ai décidé de retourner m’installer à NY pour de bon et de consacrer toute mon énergie à ma passion : la danse. Ce n’est pas sans crainte que j’ai quitté le parcours classique qui m’attendait. Le plus dur était la peur de décevoir mes parents qui ont beaucoup donné pour que je puisse avoir une “bonne situation”. Mais bon, il fallait que je tente le coup et c’est avec un visa étudiant que je suis retournée à NY. L’arrivée n’a pas été simple et, la première année, j’ai fait feu de tout bois : serveuse, baby-sitter, prof de français… le temps qu’il me restait, je le consacrais à la danse. Et puis les choses ont bien tourné et j’ai commencé à bosser avec une première compagnie de danse. De fil en aiguille, j’ai fais mon trou jusqu’à parvenir à vivre de ma passion dans la ville de mon cœur.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans cette ville ?

Probablement, les gens qui y vivent, ce sont eux qui m’ont donnée envie de m’installer. Leur énergie, leur mentalité si spéciale, cette envie d’aller de l’avant, toujours, sans se plaindre, pour aller vers leur rêve. Ça semble peut-être cliché, mais c’est vraiment ce que l’on ressent ici. Ça rend plus léger, ça pousse à s’élever et à se dépasser.

Quelles sont les difficultés majeures ?

Se loger ! Les loyers sont très élevés et on a vite fait de se retrouver dans une toute petite chambre envahie par les cafards. Pour avoir un appartement décent, il faut souvent faire de la collocation, ce qui comporte toujours des risques ; tout le monde n’a pas la même idée de ce que signifie la vie en colloc… Après pas mal de plans galère, j’ai trouvé un appartement à Brooklyn dans le quartier de Bedford-Stuyvesant, j’y suis depuis 4 ans, en coloc avec 1 autre personne et j’y suis très bien.

Sinon, on peut aussi dire un mot de la fiscalité des indépendants qui sans être excessivement lourde peut être piégeante, je le constate autour de moi. Contrairement aux salariés qui paient leurs charges sociales au fil de l’eau, les indépendants les paient en une fois en début d’année (vers avril). C’est le fameux formulaire 1099. Ces charges représentent autour de 20 % des revenus, il faut vraiment faire attention à garder cette somme en réserve.

Quels conseils donnerais-tu à un freelance qui s’installe à New-York  ?

Il faut se montrer ! En France, on est souvent en retrait, on n’aime pas l’auto-promo, c’est mal vu, ça fait prétentieux ou vulgaire. À New-York, les gens n’ont pas ces complexes. De toutes manières, personne ne viendra te chercher alors si tu ne te mets pas un peu en avant, tu resteras dans ton coin avec tes rêves et tes regrets. Les New-Yorkais aiment cette attitude conquérante, ils voient que tu es actif, que tu as faim et que tu donnes tout pour y arriver. Il faut impliquer les gens dans son aventure, leur montrer ce qu’on fait et où on en est. Les gens ont le contact facile ici, il ne faut pas hésiter à aller vers eux, à leur demander conseil et s’intéresser à ce qu’ils font.

Je leur conseillerais aussi d’être patients. Se faire un nom, un réseau, une réputation, cela prend du temps. Pendant ce temps, il faut veiller à ne pas se détourner de sa mission initiale, ou de sa vocation si vous préférez. Plusieurs fois, j’ai résisté à l’envie de dire oui à une mission qui n’était pas vraiment ce pourquoi j’étais venue ici et qui me contraignait fortement dans mon emploi du temps. Si je n’avais pas été aussi picky et aussi attentive à garder cette flexibilité et cette maîtrise de mon emploi du temps, je serais passé à côté des occasions vraiment déterminantes qui me permettent aujourd’hui de faire ce que j’ai toujours rêvé de faire.

Le coût de la vie

Nourriture : Comme en France.

Logement : Autour de 1500 € pour une chambre en coloc à Manhattan ou Williamsburg, environ 50 % de moins si l’on va plus loin dans Brooklyn ou dans le Queens. Autour de 5000 € pour un appartement de 50 m2 à Manhattan ou Williamsburg.

Coworking : Autour de 450 € pour un poste à plein temps.

Transport : Taxi et Uber un peu moins cher qu’en France. Il y a des taxis partout et c’est vraiment efficace. Le vélo peut aussi être une bonne solution.

Voyage : Vol pour Paris : 400 €. Vers les Caraïbes à partir de 200 € et à partir de 500€ pour l’Amérique du Sud.


Photo de couverture
Dorian Mongel

Amédée
Génie indépendant

Génie indépendant depuis des siècles, je partage aujourd’hui mes aventures avec vous, indépendants de tout poil et de tous horizons. Actu, bons plans, témoignages ou libres palabres, je vous apporte les meilleures infos pour que vous puissiez profiter au mieux de votre indépendance.

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