Être journaliste freelance

Le guide pratique du journaliste indépendant : Amédée vous explique comment se former, développer ses compétences, trouver ses clients et ne jamais cesser d’apprendre !

LA FORMATION

A priori, une école de journalisme : il y en a 14 en France, et selon le palmarès 2018 de L’Étudiant, les quatre meilleures sont le CFJ Paris, l’École de journalisme de Sciences Po, l’ESJ Lille et l’IPJ Paris Dauphine. Toutes dispensent des formations en médias écrits et numériques, radio et télévision. Le choix dépend surtout des spécialités que l’on souhaite embrasser et qui peuvent varier d’une école à l’autre : data journalisme, journalisme scientifique, culturel, judiciaire, sportif, de proximité, etc.

Ceci étant dit, pour être journaliste de presse écrite, et a fortiori quand on n’est pas sur l’actualité, il n’est pas indispensable d’avoir fait une formation spécifique. L’auteure de cet article a étudié à Sciences Po (mais pas à l’École de journalisme) avant de rejoindre la rédaction d’un magazine trimestriel et d’y apprendre le métier de journaliste “long format”.

LES COMPÉTENCES À MAÎTRISER

Tout dépend du type de média pour lequel on veut travailler. En presse écrite (papier ou numérique), il faut savoir écrire, bien sûr, dans une variété de formats, savoir dégager des angles, mener des interviews, connaître les bases de l’édition, du secrétariat de rédaction, de l’habillage (titres, chapôs, intertitres, légendes). L’École de journalisme de Sciences Po dote cette formation d’un accent très fort sur les données ; preuve que le data journalism est de moins en moins une spécialité à part, et que tout journaliste doit savoir comprendre et analyser des jeux de données.

Pour être JRI (journaliste reporter d’images, qui travaille pour la télévision et le web), il faut savoir réaliser des prises de vue sur le terrain, connaître les règles du langage audiovisuel (techniques et sémantiques), savoir enregistrer un commentaire de manière fluide. Le JRI est souvent accompagné d’un rédacteur puis d’un monteur, mais ce n’est pas toujours le cas. Pour être journaliste radio, il est important de maîtriser les formats d’écriture spécifiques à la radio, de savoir mettre sa voix au service de l’information et, si l’on va sur le terrain, de pouvoir réaliser des prises de son.

Avec le développement des média web, notamment sur les réseaux sociaux, de nouveaux métiers apparaissent et de nouvelles compétences deviennent nécessaires. L’École de Journalisme de Sciences Po propose ainsi une spécialisation “Parcours numérique et développement” pour apprendre le “montage et la gestion de projet journalistique innovant, de la conception au déploiement, en passant par la production de nouveaux formats et interfaces d’information.”

LE STATUT ET LE TYPE DE CLIENTS

En France, les journalistes indépendants bénéficient d’un statut particulier : quand on est pigiste, on est salarié et protégé par la convention collective nationale de travail des journalistes. Comme l’explique le Syndicat National des Journalistes, “le salaire est le seul mode légal de rémunération du travail du journaliste”. Les entreprises qui peuvent payer en pige sont les entreprises de presse ; elles n’ont pas le droit d’exiger que le journaliste ait le statut d’auto-entrepreneur.

Les clients du journaliste freelance (donc pigiste) sont des entreprises de presse, quel que soit le type de média. Comme toujours pour les indépendants, le réseau fait beaucoup, qu’il ait été constitué lors de la formation ou pendant une première expérience salariée. Mais se développent de plus en plus de plateformes de mise en relation comme la française et récente Ginkio, qui vend aux journalistes un service de portfolio et aux médias la sélection de profils qui leur conviennent.

LES OUTILS UTILES

En plus des logiciels et du matériel propres à chaque activité, il peut donc être bien d’avoir un portfolio en ligne pour facilement montrer ses réalisations en même temps qu’on propose un sujet à une nouvelle rédaction. Nous avons cité Ginkio, mais il en existe d’autres comme JournoPortfolio, Clippings.me ou Pressfolios. Globalement, c’est encore assez naissant, surtout en France.

TROUVER DU TRAVAIL, DU SOUTIEN, DES CONSEILS

Le Syndicat National des Journalistes est l’interlocuteur de choix pour bien comprendre son statut et ses droits et se défendre en cas de litige. Il anime notamment un groupe Facebook baptisé Infos Pigistes SNJ.

Autre groupe Facebook, “Réseau Journalistes et Médias”, qui centralise des offres d’emplois, de piges et de collaborations. Il est animé par Émeric Legros, qui est également à l’origine de Pigist.es, une communauté de journalistes indépendants hébergée sur Slack et fondée sur “l’entraide, la collaboration, le partage d’information, d’expériences.”

Enfin, mentionnons la tendance du crowdfunding de journalistes, qui a connu un âge d’or aux États-Unis avec le aujourd’hui défunt Beacon Reader, une plateforme qui permettait aux journalistes indépendants d’être soutenus financièrement par leurs lecteurs. Patreon, dont la base est plus large (les artistes et créateurs au sens large), remplit la même fonction. Pas sûr que ce modèle prenne en France, mais si vous avez une base de lecteurs fidèles ou un projet journalistique à faire financer, ça peut valoir le coup d’essayer.

Philothée Gaymard
Journaliste indépendante

Je suis journaliste et rédactrice freelance depuis tout début 2015, après quatre ans passés chez Usbek & Rica. J’écris sur le genre, l’innovation, le développement durable et parfois un mélange de tout ça.

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