Être traducteur freelance

Le guide pratique du traducteur indépendant : Amédée vous explique comment se former, développer ses compétences, trouver ses clients et ne jamais cesser d’apprendre !

Les compétences pour être traducteur

Traduire c’est partir seul (le plus souvent – même s’il y a aussi des traductions à quatre mains) en quête du mot juste. Après, les compétences varient en fonction du type de traduction que l’on fait. Je vais évoquer les trois types de traduction que je pratique.

Pour la traduction technique (juridique ou médicale, par exemple) on acquiert vite un vocabulaire très spécialisé qui permet de travailler efficacement.

Pour le sous-titrage, il s’agit d’avoir l’esprit de synthèse, pour préserver le registre du dialogue tout en condensant (la lecture étant moins rapide que l’écoute si le sous-titreur traduit, tout les spectateurs n’auront le temps que de lire, et non pas de regarder le film, ce qui n’est évidemment pas le but).

Pour la traduction littéraire, il avoir une belle plume et être fort en analyse de texte car traduire c’est décrypter l’original avant de le re-crypter dans un nouveau code pour quelqu’un d’autre.

La formation

Pour ma part j’ai fait un Master de traduction audiovisuelle (on peut aussi se former soi-même grâce aux Moocs et aux logiciels de sous-titrage pro qui contiennent des manuels très complets), et en complément plusieurs formations courtes de traduction littéraire. Aujourd’hui les Masters Pro se multiplient dans chaque spécialité.

Sinon, les diplômes universitaires LEA et Littérature comparée incluent des cours de traduction (traduction technique pour le premier, et littéraire pour le second).

Il existe aussi des écoles spécialisée (payantes) qu’on peut intégrer après une licence, les plus connues sont l’Esit et l’Isit. Il y a aussi l’Estri et l’IT-IRI.

Se spécialiser permet de se faire connaître plus rapidement, d’avoir un réseau plus vaste, de travailler plus vite, et donc de façon plus rentable, et d’être mieux rémunéré si l’on choisit de se spécialiser dans un domaine technique.

Le type de clients et comment les trouver

Le mieux c’est d’avoir sa propre clientèle mais il faut bien commencer quelque part. On peut donc commencer par Malt, un site qui met en relation freelance et clients dans de nombreux domaines. Je suis aussi assez régulièrement contactée par LinkedIn. Mais pour me faire connaître au départ j’ai surtout envoyé mon CV à toutes les boîtes de production et les agences d’audiovisuel que j’ai trouvées sur internet.

Sachant que se forger une clientèle prend du temps et que le réseau reste le meilleur moyen de trouver du travail je ne conseille pas de se lancer en freelance directement en sortie d’études. C’est par le bouche-à-oreille que j’ai eu la plupart de mes clients actuels. L’avantage (outre le fait qu’on est nettement mieux payé) c’est que les relations sont bien plus agréables : les petites boîtes de production, dans la mesure où elles sont satisfaites de la qualité, n’ont pas un volume qui justifie de multiplier le nombre de traducteurs avec lesquelles elles travaillent. Il est donc facile de fidéliser la clientèle.

En termes de contenu, les agences et les petites boîtes de prod en général proposent du sous-titrage de séries, de vidéos corporate (vidéos de formation, etc. pour des entreprises), de documentaires.

Pour sous-titrer des films de fiction, le mieux c’est de noter, à chaque fois que vous regardez un film, le nom des agences qui ont réalisé le sous-titrge (à la fin du générique) et leur envoyer un CV. Hiventy est l’une des agences principales.

Les outils du quotidien

Traduction technique

De plus en plus, la traduction technique se fait grâce à des outils qui assistent à la traduction. Le plus connu est Trados. L’outil scanne la version originale, repère les termes techniques et les traduit. Il classe les mots qu’il traduit selon les probabilités que ce soit bien ce sens technique-là. Pour faire simple, dans un texte juridique, le logiciel surlignera : en jaune « legislation » en indiquant qu’il y a 90 % de chances que ce terme se traduise par « loi », en vert « regulation » qui a 70 % de chances de se traduire par « règlement », etc. Au traducteur ensuite d’approuver ou non les solutions proposées, et de compléter. Le traducteur est payé au mot, sachant que les tarifs sont établis en fonction d’un barème : les mots qui ont 90 % de chances d’avoir été traduits correctement par le logiciel sont moins bien rémunés que ceux qui ont 70 % de chances d’avoir été traduits correctement.

Sous-titrage

Il y a beaucoup de logiciels de sous-titrage gratuits disponibles, pour ma part j’ai toujours préféré utiliser un logiciel professionnel. WinCaps est l’un des plus réputés. (Pour voir à quoi ressemble/comment marchent les logiciels de sous-titrage : https://filmora.wondershare.com/fr/astuces-montage-video/creer-des-sous-titres.html) Quand on débute, pour rentabiliser le logiciel de sous-titrage, le mieux c’est de le louer – tant qu’on n’a pas asssez de recul pour estimer assez précisément sa charge mensuelle de sous-titrage. La location coûte moins de 30 Euros par mois. Au début c’est très lent et laborieux, mais plus on s’habitue à son logiciel et qu’on connaît les astuces, plus on va vite.

À noter que certaines agences ne travaillent qu’avec des traducteurs qui utilisent le logiciel de l’agence en question. Personnellement je refuse de travailler avec ces agences-là. En effet, attendu que mon logiciel permet d’exporter les fichiers de sous-titres dans un format universel (que ces agences peuvent donc utiliser) rien ne justifie cette contrainte. Or devoir apprendre plusieurs nouveaux logiciels rendrait mon travail bien moins efficace et rentable.

Traduction littéraire

La bonne nouvelle c’est que le traducteur littéraire n’a besoin de rien d’autres qu’un ordinateur et des dictionnaires. Les dictionnaires que l’on trouve en ligne suffisent amplement. Les dictionnaires unilingues (moi j’utilise le Larousse et le Oxford) – la base –, puis les dictionnaires bilingues (j’utilise WordReference et le Larousse bilingue), les dictionnaires de synonymes (le Crisco est bien), et enfin les dictionnaires plus spécialisés, type argot (j’aime bien Bob).

Les tarifs

La traduction technique est la mieux rémunérée. Mais elle n’est pas créative, et peut vite avoir l’impression d’être une version humaine de Google translate. C’est comme tout dans la vie, c’est une question d’équilibre.

Traduction technique

Il faut savoir que certaines agences de traduction ne souhaitent travailler sur des traductions techniques qu’avec les traducteurs utilisant des outils de traduction technique car cela leur permet de payer moins au final. Pour ma part je ne trouve pas ce type de travail stimulant et m’en tiens donc à des traductions moins techniques (corporate, politique européenne et juridique léger, disons).

Je facture au mot, ce qui est la norme, et j’ai un prix fixe pour les traductions techniques, qui est de 0,15 EU/mot. Ce tarif est plutôt dans la fourchette haute, je le pratique avec mes clients, et les traducteurs qui se lancent en freelance préféreront sans doute facturer entre 0,11 et 0,13 EU/mot.

À noter que quand on travaille avec des agences – qui prennent donc une commission – on se retrouve plutôt à 0,09 EU/mot maximum.

Traduction audiovisuelle

En travaillant pour des agences on peut rapidement remplir son planning. Le seul hic… les agences prennent des commissions importantes.

GoLocalise, l’une des agences pour lesquelles je travaille, pratique par exemple les tarifs suivants :

– Pour faire le repérage (c’est-à-dire caler les entrées et les sorties pour chaque sous-titre, en suivant l’audio, mais aussi les changements de plan) et la transcription dans la langue originale (sans traduction, donc) ils paient 5,5 EU de la minute de film.

– S’il faut faire le repérage et la traduction ils paient 6 EU de la minute (ce qui veut dire que qu’avec un fichier de sous-titres de 5 minutes par mois les frais de location de logiciel sont remboursés).

– Si le repérage a été fait et qu’il suffit d’y apposer sa traduction ils paient 4,5 EU de la minute.

– Pour une simulation, c’est à dire corriger un fichier de sous-titrage, ils paient entre 2,5 et 3 EU de la minute.

– Et pour une simple relecture ils paient 1,75 EU.

Netflix est l’un des gros recruteurs actuellement. Leurs tarifs sont plus intéressants que ceux que pratiquent les agences. Il faut passer un test de langue, puis faire une formation pour apprendre à utilisr leur logiciel mais après ils proposent du travail régulièrement à leurs freelance.

Mais le mieux reste de se constituer une clientèle propre. Pour ma part je travaille pour plusieurs boîtes de production indépendantes. Chacun fixe ses tarifs, mais il faut penser que si ces boîtes faisaient appel à une agence audiovisuel elles paieraient au moins 10 EU de la minute de film.

Pour calculater combien cela fait en taux horaire comptez 10 minutes pour sous-titrer 1 minute de film. Donc trois jours pour sous-titrer un film.

Traduction littéraire

La moins bien rémunérée. Et le monde des traducteurs littéraire est une toute petite communauté dans laquelle il est difficile de percer. Les traducteurs littéraires ne sont pas payés au mot, mais au feuillet (terme qui appartient à l’édition et qui correspond environ à 1500 signes). Pour une traduction de l’anglais vers le français, la fourchette de rémunération se situe entre 19 et 21 EU par feuillet. Pour l’allemand, l’italien et l’espagnol les tarifs sont un peu plus élevés, entre 21,50 et 22,50 EU par feuillet et continuent de monter plus la langue est « rare ». (Pour en savoir plus, une l’ATLF (Association des Traducteurs Littéraires de France) propose une grille tarifaire. Plus on travaille pour une grosse maision d’édition (qui a donc de plus gros budgets), meilleure est la rémunération au feuillet. Il faut aussi tenir compte du fait que les traducteurs littéraires sont payés en droits d’auteur, c’est-à-dire que la maison d’édition leur fait une avance sur droits d’auteur (le montant de cette avance étant fixé par le calcul au feuillet, donc la taille du livre), puis, chaque année après calcul des ventes, la maison reverse au traducteur un pourcentage des recettes. La moyenne de ce pourcentage se situant autour de 2 %. Si on travaille pour une grosse maison d’édition les droits d’auteurs seront plus importants, puisque les ventes sont plus importantes.

Pour donner un ordre d’idées, j’ai travaillé pour une maison d’édition indépendante qui me payait 20 EU par feuillet et 1,5 % en droits d’auteur.

Résultat des courses, pour un livre on peut espérer gagner entre 4000 et 8000 EU selon la taille du livre. Pour gagner un SMIC annuel il faut donc traduire entre trois et quatre livres par an. Enfin, il faut travailler extrêmement vite, ou bien avoir un peu de marge financièrement, car ce qui se fait le plus couramment c’est un versement par moitié (à la signature du contrat, puis à l’acceptation du manuscrit) ou par tiers (signature, remise du manuscrit, acceptation).

Astuce facturation

De façon générale, pour m’aider à ne pas brader mes prix malgré tout (se brader c’est se faire du mal et faire du mal aux autres, à la longue – donc c’est interdit) j’utilise une appli qui me permet de minuter le temps consacré à chaque traduction (j’utilise Timesheet, une appli pour Android qui est gratuite et très bien, et il y en a d’autres pour les iPhone). L’avantage c’est qu’à force je peux estimer assez précisément le temps que me prendra chaque type de traduction, et donc tenir mes délais, en plus de pouvoir calculer mon taux horaire moyen. Bonus : le calcul du taux horaire est souvent une motivation motiver à travailler beaucoup plus efficacement.

Et le relationnel dans tout ça ?

Une fois qu’on a déniché de bons clients, pour les garder il suffit de respecter la base :

  1.     Rendre du bon travail dans les délais impartis (atouts : s’adapter aux délais souvent changeants d’une boîte de prod qui est en retard sur son montage, et être disposé à travailler tard et en dernière minute).
  2.     Une orthographe impéccable dans les traductions, mais aussi, en amont, dans ses mails (faire des fautes dans ses mails n’augure pas bien pour une future traduction) – ce qui permet aussi d’élargir ses compétences à la relecture, métier qui va souvent de pair avec celui de traducteur
  3.     Être très réactif par mail, surtout quand on travaille avec des agences de traduction qui envoient des mails à plusieurs personnes en même temps et/ou passent au prochain dans la liste si l’on met plus de 4 minutes à répondre. (Un autre avantage de bosser avec avec des boîtes de prod directement : comme les relations sont plus privilégiées elles veulent bien attendre une heure que leur traducteur ait vérifié ses mails et préparé un devis). Pour ça, il suffit de garder les yeux vissés sur son smartphone ou de ne jamais quitter son bureau. Au choix.

Il faut bien avoir en tête que la traduction est un métier solitaire. Pour se sentir moins seul, pour des conseils sur les tarifs, les forums c’est bien (Proz.com par exemple). Quand on est bloqué sur la traduction d’une expression le forum de WordRef est pas mal. Enfin, je conseille vivement les coworkings, ça aide à se lever le matin et avoir des horaires de bureau travail fixes (ce qui permet donc d’accepter les propositions de traduction dès qu’elles sont faites et non pas en décalé) et surtout ça aide à se faire des copains qu’on pourra allègrement transformer en relecteurs officieux (les non-traducteurs font de très bon cobayes pour tester des phrases dont on n’est pas sûr : s’ils ne comprennent pas l’original ils pourront dire plus spontanément si ça sonne bien en français).

Photo de couverture João Silas
Photo #2 : freestocks.org

Clémence Sebag
Traductrice indépendante et enseignante

Je suis traductrice/sous-titreuse freelance (anglais-français, espagnol) depuis 2009. J’ai sous-titré des documentaires, traduit 4 livres et suis spécialisée dans politique européenne, psychologie et sociologie. J’enseigne aussi la traduction à l’université.

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