Freelance, et après ?

Certains freelances finissent par monter une véritable agence autour de leur cœur de métier, d’autres, un collectif dans leur secteur… Qu’est-ce qui motive ces choix de croissance ? Quelles sont les principales difficultés à surmonter ? Comment réussir ce changement d’échelle ? Amédée est parti à la rencontre de trois anciens freelances qui ont choisi d’être plus qu’eux-mêmes.

Pourquoi ce changement d’échelle ?

N’étaient-ils pas heureux dans leurs coins, tranquilles, peinards, à la fraîche ? Personne à gérer, des frais fixes limités, pas de réunion… La paix royale. Mais pourquoi diable se sont-ils lancé dans cette nouvelle aventure ?

Pour participer à une dynamique de groupe, me répond Greg, designer UX/UI et fondateur de TKT avec son associé Adrien. Marre de la solitude chez soit ou chez le client, envie d’une aventure collective, envie de partager ses connaissances avec les autres, de les former et d’apprendre d’eux, voilà ce qui a motivé Greg.

Pouvoir monter en force sur des projets à forte valeur ajoutée, ajoute-t-il. On sait comme il est difficile pour un freelance de remporter des contrats d’envergure face à des agences structurées. Aussi qualifié que l’on soit, difficile d’aller chercher ce contrat à 300k€ quand on est en solo. En se constituant en agence, en rassemblant autour d’eux des expertises complémentaires, les deux comparses peuvent aujourd’hui monter sur des projets complexes avec des budgets substantiels.

Pour poursuivre un rêve. Pour Greg : devenir éditeur de logiciel. Pour cela, il faut avoir les moyens humains et techniques de produire ses propres solutions. Pour y parvenir, il n’y a pas 36 solutions : lever des fonds auprès d’investisseurs ou générer des revenus auprès de clients. Greg et Adrien ont choisi la seconde, plus saine et plus pérenne à leurs yeux.

On retrouve ces mêmes raisons chez Pauline, fondatrice du collectif de freelance bordelais Cosme. C’est très naturellement que cette professionnelle de la communication, familière des espaces de coworking (elle a fondé le blog Vélo, Boulot, Bordeaux), passé par le collectif OuiShare, s’est mise à constituer autour d’elle un véritable collectif. D’abord informel, celui-ci a rapidement été amené à se structurer.

“Il y a un an un de mes clients était super satisfait de l’audit de communication que je leur avais faite et ils voulaient faire appel à une agence de com pour appliquer mes recommandations. J’avais déjà développé un groupe de 500 freelances qui n’attendait que de pouvoir travailler ensemble sur des missions ambitieuses. Pour saisir cette double opportunité, j’ai décidé de constituer le collectif Cosme. Grâce à Cosme, nous sommes aujourd’hui capables de répondre à des missions que nous n’aurions pu avoir si nous étions restés seuls.”

Son rêve : bâtir une organisation collaborative, transparente et scalable où l’on peut travailler sur des projets communs sans rien perdre de sa liberté individuelle.

Après combien de temps en freelance ont-ils fait le grand saut ?

3 ans pour Pauline, qui était à la fois freelance et salariée, engagée au sein de OuiShare et sur des projets perso. 5 ans pour Greg qui a rencontré son associé Adrien sur une mission de 2 ans sur laquelle ils ont pu faire l’expérience de leur complémentarité. Adrien, lui, a commencé à travailler en freelance à 18 ans, a monté une start-up, est revenu au freelancing avant de monter TKT avec Greg.

Quelles sont les principales difficultés ?

Trouver le bon associé, me répond Greg. Lui a eu la chance de pouvoir travailler sur la durée avec Adrien avant de lui faire sa demande… Enthousiasmé par le challenge, et confiant dans leurs capacités respectives, ce dev chevronné, pourtant farouchement attaché à sa liberté, finit par accepter, TKT était lancée. Face à une décision aussi importante (la plus importante de toutes en réalité), il est primordial de pouvoir se tester mutuellement avant tout engagement.

Une autre difficulté attend nos deux chefs d’entreprise : ils ont maintenant 20 bouches à nourrir… Dans ces conditions, il faut garder un œil attentif sur la trésorerie et être capable de développer une véritable force commerciale. Après avoir assuré eux-mêmes cette fonction, Greg et Adrien sont d’ailleurs en train de recruter un directeur commercial pour les épauler.

Pour Pauline, le premier problème fut de fédérer la communauté. Heureusement, elle avait déjà une solide expérience en la matière. Tu peux t’attacher à des gens, mais tu ne peux pas leur demander de rester.” Chacun est libre, le collectif est mouvant, ses contours évoluent en permanence.

Deuxième difficulté : gérer de front le management de projets, l’animation de la communauté et la vente. Cela fait beaucoup pour une seule une personne, aussi dynamique soit-elle ! Pauline se dégage actuellement du temps pour structurer le collectif et pour répartir les tâches entre les membres (gestion de projet, animation…).

Quels sont les facteurs clés de succès pour une croissance réussie ?

Les hommes et les femmes que l’on recrute ! Adrien et Greg sont unanimes sur ce point. Une agence, c’est d’abord et avant tout un groupe d’individus. Une petite structure ne peut pas se permettre de rater un recrutement. Sur ce point les deux associés semblent avoir trouvé la bonne formule : recruter des personnes intelligentes, adaptables et motivées même si elles n’ont pas, dés leur arrivée, toutes les compétences nécessaires à leur poste. On mise plus sur l’humain que sur les compétences acquises au moment de l’entrée. Précise Greg. Le plus important est l’attitude, la curiosité et l’envie d’apprendre. C’est devenu l’ADN de l’agence.

L’expérience et la complémentarité des fondateurs. Adrien le rappelle. Avec chacun plus de 10 ans d’expérience dans leur métier respectif (UX/UI et Dev), Greg et Adrien ont été capable d’aller rapidement chercher des contrats à 50-100k€. Ils se sont dès le début spécialisés sur des prestations pointues où la concurrence est faible et les besoins nombreux. Ils ont réussi à positionner leur agence sur des niches à très forte valeur ajoutée. Adrien précise : “nous essayons de faire une seule chose et de la faire bien. Nous luttons en permanence contre la tentation de la dispersion. Nous avons refusé de réaliser des prestations de SEO, de marketing de contenu et encore bien d’autres choses que nous avions techniquement la capacité de produire. Aujourd’hui nous sommes identifiés comme experts dans notre domaine et les clients viennent naturellement à nous”

Pour Pauline aussi, une croissance réussie passe d’abord par la qualité des personnes avec lesquelles on travaille. Le gros challenge, surtout dans le cas d’une communauté d’indépendants sur lesquels on n’a pas d’autorité statutaire, est d’arriver à accorder harmonieusement les enjeux de chacun et la performance du groupe. Pour ce faire, elle a bâti son organisation autour de 3 piliers : confiance et bienveillance au sein de la communauté, transparence et partage de l’information (par exemple, les freelances savent combien le client paie), pas de mise en concurrence entre les membres du collectif. C’est ainsi qu’elle espère parvenir à développer un écosystème solide capable de s’adapter et de s’autoréguler.

Affaires à suivre…

Si ce sujet vous intéresse, je vous conseille de jeter un œil à cette ITW d’Andréa Bensaïd, fondateur de l’agence SEO Eskimoz.

Photo de couverture bruce mars
Photo #2 by Mikito Tateisi

Antoine van den Broek
Rédacteur en chef d’Amédée

Indépendant, frère-fondateur de Mutinerie, penseur, acteur et témoin des nouvelles formes de travail, passionné par le développement de communautés, j’aime faire des rencontres et raconter des histoires, deux activités auxquelles je peux me livrer par la grâce d’Amédée

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