Freelance Paradoxe #1 : se spécialiser tout azimut

Amédée, c’est pas commun, on n’en rencontre pas tous les jours. Et pourtant, il a fallu que votre bon génie croise la route d’un mystérieux homonyme : le commissaire Amédée Mallock ! Ou plutôt celle de son auteur, connu ici-bas sous le pseudonyme de Mallock. Wikipedia nous livre quelques éléments d’information sur l’individu : « Composition du Mallock : ¼ de Béarnais, ¼ de Breton, ¼ de Parigot, ¼ de graisse ; mi dos argenté, mi ours brun ; 30 % peintre, 30 % musicien et 100 % écrivain ; moitié jeune espoir, moitié vieux désespoir ; ne pas dépasser la dose prescrite. » Impressionné par ce pedigree hors norme, votre serviteur décida de partir à sa rencontre.

Créateur éclectique, mercenaire revendiqué, indépendant invétéré, cela fait plus de 40 ans qu’il traîne avec lui le même numéro de SIRET. Spécialiste en études qualitatives et sémiologiques, concepteur de campagnes publicitaires, directeur artistique, infographiste, photographe, peintre, musicien, écrivain, homme d’images, d’idées, et fatalement, d’affaires, véritable mérovingien du freelancing, il n’a pas attendu internet, Google Drive et la suite Adobe pour mener une carrière indépendante à contre-courant des usages de son temps.

Positionnement commercial, négo, relations clients, travail en réseau, formation continue, prise de risque, rapports de forces, confiance, angoisse, accomplissement personnel, liberté… en 40 ans de carrière en freelance, Jean-Denis accumulé une expérience rare qu’il a accepté de partager avec moi depuis la terrasse couverte d’un café de Montparnasse. Je voulais vous resservir ses propos sous forme de bon conseils, mais au moment de les rassembler, ce sont des paradoxes qui en sont sortis. Patinées par le temps, les vérités pratiques prennent des reflets équivoques… C’est ce que je me suis dit.

“Il faut être un magicien, si tu n’es pas exceptionnellement bon dans ton domaine, on ne veut pas de toi.”

Tiens ! Prends ça ! Eh oui, pour survivre seul au milieu des gros poissons, pour pouvoir fixer ses conditions, puisque c’est bien de ça dont il s’agit, il faut avoir quelque chose que les autres n’ont pas, sortir du lot, être le meilleur. L’excellence comme condition de l’indépendance. L’excellence avec son corollaire habituel : la spécialisation. Choisir un créneau bien spécifique, ne faire que ça, devenir le meilleur dans son domaine et faire payer cette ascèse à ses clients.

Et pourtant, c’est plutôt l’éclectisme qui semble caractériser le parcours de mon interlocuteur. Son premier job en freelance, Jean-Denis l’a obtenu alors qu’il était encore étudiant. Ayant étudié successivement l’anglais, la psycho, la linguistique et le marketing, il disposait d’une palette de connaissances variées, d’une polyvalence que ses profs ont rapidement mobilisée en lui confiant ses premières missions de conseils. La suite de sa carrière ne fera que confirmer ce penchant naturel.

Alors, que comprendre de ce conseil : “être le meilleur dans son domaine” quand il est prodigué par quelqu’un qui a exercé une bonne dizaine de professions ? Peut-être en prenant un peu de hauteur sur la question du domaine ou plutôt de son domaine. Votre domaine n’est pas celui que vous allez choisir comme on choisirait un plat sur la carte du restaurant. En fait, le moyen le plus sûr d’être le meilleur dans votre domaine, c’est d’être seul dessus, d’en poser vous-même les bornes, d’en écrire les règles et d’en faire le champ naturel du développement de votre personne. Souverain en votre royaume, unique by design, vous n’avez plus qu’un adversaire : vous-même.

Être bon, c’est encore être comparable, tâchons donc d’être uniques.

Vous n’apprendrez pas cela à l’école, la société vous prépare naturellement à remplir un rôle pré-existant, à faire de vous un bel outil, un moyen pour autrui. Elle bosse pour elle, vous n’avez pas à lui en vouloir. C’est votre curiosité et votre intuition qui vous serviront de guides pour trouver votre domaine et y régner sans partage. C’est la curiosité qui a amené mon interlocuteur à faire successivement, en dépit du bon sens, des études d’anglais, de psycho, de linguistique et de marketing. Et c’est cette unique combinaison qui l’a rendu intéressant et nécessaire à ses profs qui lui amenèrent ses premières missions. C’est toujours la curiosité qui l’amena ensuite à faire de la photo, de peinture et des romans policiers. C’est le fameux “connect the dots” de Steve Jobs qui n’est rien d’autre qu’une invitation à suivre son coeur, ou sa nature si vous préférez.

« Soyez vous-même, les autres sont déjà pris. » Oscar Wilde

La passion vous donnera le courage dont vous avez besoin pour tracer votre route. Vous accomplirez les innombrables tâches périphériques de bon cœur, car vous savez qu’elles servent votre quête. En 40 ans de carrière en freelance, Jean-Denis a dû apprendre à utiliser une quantité d’outils nouveaux. Quand est arrivé l’ordinateur personnel, on lui a dit “Jean-Denis, tu n’en as pas besoin, tu es un concepteur”. Mais il a refusé de se laisser emprisonner dans une définition pré-faite de son métier et il a pris cette vague comme les suivantes. “Je prends aussi plaisir à fourbir mes armes” confesse le mercenaire.

Chaque activité devient le repos d’une autre et toutes convergent finalement pour former un univers unique et cohérent, une offre spécifique incomparable.

Photo de couverture rawpixel.com on Unsplash

Antoine van den Broek
Rédacteur en chef d’Amédée

Indépendant, frère-fondateur de Mutinerie, penseur, acteur et témoin des nouvelles formes de travail, passionné par le développement de communautés, j’aime faire des rencontres et raconter des histoires, deux activités auxquelles je peux me livrer par la grâce d’Amédée

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