Freelances et agences : je t’aime, moi non plus

Quand certains freelances préfèrent mener leur business en toute indépendance, d’autres trouvent leur compte en travaillant avec des agences. Quels sont les pour et les contre ? Quelles relations établir avec ces interlocuteurs ? Quel est le véritable rôle des agences ? Dans le cadre de ce mois consacré aux relations freelances-entreprises, nous nous penchons sur cette relation très spéciale.

L’agence, un partenaire précieux ou un intermédiaire inutile  ?

Du côté “partenaire précieux”, il y a plusieurs éléments importants à signaler. Tout d’abord, travailler avec une agence donne souvent accès à de gros clients, qu’on aurait eu bien du mal à atteindre tout seul. Quand la relation avec l’agence se passe bien, on peut accéder à un nouveau portefeuille client, déjà établi, et ça, ça fait plaisir.

Qui dit grand portefeuille client dit… volume ! Quand nombre d’entre nous passent de client en client et doivent reconstruire une relation à chaque fois, l’agence permet d’accéder à plusieurs clients en un coup. Des clients qui ont potentiellement un budget important, de gros volumes et des missions récurrentes.

Par ailleurs, collaborer avec une agence peut être très enrichissant, permettant d’échanger des méthodes, des compétences, et éventuellement de progresser pour les freelances débutants, comme le souligne Christian :

« C’est bien pour débuter, certaines agences sont très formatrices. En tant que rédacteur web, j’ai appris les techniques SEO en travaillant avec une agence, ce qui m’a permis d’améliorer mon offre. »

Quand on se lance en freelance, fixer ses prix, identifier les points importants de chaque mission, donner une dead-line raisonnable et négocier avec le client n’est pas évident. Travailler avec une agence permet alors d’apprendre les bases, de se perfectionner, pour mieux appréhender le marché.

Du côté “intermédiaire inutile”, certains points semblent aussi intéressants à soulever. L’agence peut être un bon partenaire pour se former et remplir son carnet de commandes, mais pourquoi s’encombrer d’un intermédiaire lorsqu’on peut voler de ses propres ailes ?

Travailler avec une agence peut réduire notre marge. De plus, l’agence, en tant qu’intermédiaire supplémentaire, peut parfois ralentir la mission : vos retours passent de main en main, font l’objet de discussions, avant d’arriver jusqu’au client. Dans ce contexte, il faut avoir conscience que si quelqu’un dans l’agence commet une erreur ou prend du retard, cela peut impacter votre travail, dans les délais comme dans le contenu. Une expérience parfois difficile à gérer pour les freelances, comme nous l’explique Alice :

« Pour moi, ne pas pouvoir échanger en direct avec le client complique la mission. Quand j’ai travaillé avec des agences, les délais étaient très serrés, car les agences avaient promis monts et merveilles au client, sans me consulter. »

Agence vs client final

Réaliser une mission avec une agence, c’est comme poser les pieds sous la table en rentrant : la mission est déjà prête, calée, précise. La gestion du client est faite en amont, ce qui fait de l’agence un partenaire de choix pour les freelances qui ne sont pas branchés négociation. Car oui, gérer le client, ses attentes et appréhensions, c’est un des principaux facteurs risque de chaque mission : difficile d’estimer le temps que l’on va passer à reprendre des points avec le client ! Ici, cette « zone de risques » est prise en charge par l’agence.

Les agences ont aussi souvent un rôle de conseiller pour le client, dans lequel certains freelances ne se sentent pas forcément légitimes, comme Anne 

« J’aime bosser avec certaines agences. Elles ont une dimension conseil et accompagnement que je ne peux pas avoir. Impossible d’être au four et au moulin ! »

Lorsque la collaboration avec l’agence est régulière, cela permet d’instaurer une relation de confiance, de mieux comprendre le fonctionnement et les compétences de chacun, pour une meilleure productivité, comme en témoigne Mathieu.

« Travailler avec une agence, c’est très agréable lorsqu’on bosse régulièrement ensemble et que la connaissance mutuelle est bonne. Je considère les agences comme des partenaires, plutôt que comme des clients. »

Bien sûr, ce type de relations ne convient pas à tous. Il est vrai qu’en déléguant la négociation et la mise en place du projet à l’agence, on se retrouve parfois avec une mission qu’on aurait traitée tout à fait différemment, que ce soit sur la stratégie du projet ou sur son contenu même.

Sans avoir de contact direct avec le client, il est souvent difficile de faire preuve de créativité, de proposer vos idées, ou de faire entendre vos recommandations. En travaillant directement avec le client, vous aurez l’occasion d’apporter votre touche personnelle au projet. Même si cela exige d’avoir des épaules solides dans la phase de négociation et de conseil, participer à la mise en place du projet permet au freelance de s’épanouir sur une mission dans laquelle il s’est investi.

Last but not least, avec les agences, il peut être difficile de se démarquer : le client connaît rarement notre nom, notre marque ne ressort pas dans le projet, on est vite écrasé par la notoriété de l’agence, ce qui complique les choses pour se faire une place dans le milieu. Passer directement avec le client permet de signer certains projets, de se faire un nom grâce au bouche-à-oreille, et d’agrémenter son portfolio plus facilement.

Qu’en disent les agences ?

Les avis des freelances divergent concernant les agences, mais les agences, que pensent-elles de l’essor du freelancing ? Nous avons posé quelques questions à Jean-Sébastien Klein, co-directeur général de JETPULP, agence digitale à Lyon.

Pour une agence, quel est le bon dosage entre salariés et prestataires externes ?

« Le dosage va dépendre de la stratégie de l’agence et de sa taille. Chez nous, nous comptons 10 à 15% de prestataires externes, freelances et petites agences. »

Quels postes doivent être des postes salariés, et lesquels sont plus freelance friendly ?

« Tout ce qui est relation client sur le long terme et postes de management sont forcément en interne. On compte plus de freelances sur les postes qui demandent peu d’interaction avec l’équipe : design, rédaction, CM, éventuellement certains postes administratifs. »

Comment gère-t-on des RH lorsque celles-ci sont composées de salariés et de freelances ?

« Ce n’est pas que le statut qui définit le traitement RH, c’est aussi le fait que la personne soit dans les locaux ou non. Si la personne est à distance, il y a des interactions avec l’équipe projet, mais ça reste une mission externe, il n’y a pas de traitement RH. Par contre, si nous avons un freelance dans l’entreprise sur du long terme, on l’intègre dans l’équipe et dans nos process. Simplement, il n’aura pas de suivi de carrière, ni les avantages proposés aux salariés. »

L’essor du freelancing est-il une menace pour les agences ou une opportunité ?

« Une opportunité. Les freelances représentent une chance de collaborer avec des profils talentueux, des experts, qui vont apporter une valeur supplémentaire pour nos clients. L’essor du freelancing n’est pas une menace si l’agence est capable de créer une valeur à partir de ces talents. Si l’agence est juste là pour produire, et faire le passe-plat pour ses clients, elle verra une menace. »

Dans ce contexte, quel est finalement le véritable cœur de métier d’une agence ?

«  Le cœur de métier d’une agence, c’est sa capacité à comprendre de façon globale la problématique du client et à y apporter une réponse complète, avec plus de valeur que l’addition d’un certain nombre d’expertises et de prestations. »

« Quand le client fait appel à des freelances, chacun répond à une partie du besoin, mais personne n’analyse la problématique dans son ensemble. L’agence vient mettre de l’intelligence dans une réponse globale, avec une approche cohérente dans son ensemble. »

Photo de couverture Samuel Zeller
Photo #2 Daria Nepriakhina
Photo #3 rawpixel.com

Gaëlle Delhon
Rédactrice

Diplômée en gestion commerciale des structures culturelles et d’une licence en journalisme, passionnée par l’écriture web, j’ai décidé d’en faire mon métier.

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