Laurence, l’indépendance contre vents et marées

Après 25 ans de carrière corporate menés tambours battants, Laurence a dû se rendre à l’évidence : son employabilité n’était plus la même qu’à 30 ans ; son CV bien rempli et ses performances au sein de grands groupes internationaux ne suffisaient plus. Alors elle s’est lancée à son compte. Elle nous livre ici quelques réflexions et bons conseils à destination des nombreux seniors qui auront peut-être un jour à quitter le monde familier du salariat pour celui plus agité de l’indépendance.

Quel est ton métier ?

Je suis formatrice et consultante dans les domaines du management et de la négociation.

Depuis combien de temps, es-tu indépendante ?

Depuis deux ans.

Quel est ton statut ?

Pour l’instant, je suis en auto-entreprise.

Que faisais-tu avant d’être à ton compte ?

J’ai passé ma carrière de salariée au sein de grands groupes (Alcatel, IBM, Nokia…) d’ETI et de PME dans lesquels j’ai surtout occupé des postes de responsable de filiale et de direction export. Cette connaissance d’entreprises de taille très différentes m’a permis de m’adapter en permanence tant sur le savoir faire que sur le savoir être.

Pourquoi avoir fait le choix de l’indépendance ?

Parce que le salariat ne m’offrait plus de perspectives. Les femmes de plus de 50 ans forment le seul groupe dont le taux de chômage n’a jamais baissé depuis 15 ans.

Quand l’on se retrouve au chômage, qu’on est une femme et qu’on a plus de 50 ans, il est très difficile de retrouver un emploi. Particulièrement, lorsque l’on a occupé des postes à responsabilités, et même en acceptant de revoir ses prétentions à la baisse.

Face à ces difficultés, voyant que je n’avais plus grand chose à attendre de l’entreprise, j’ai décidé de tenter ma chance en freelance.

Comment expliques-tu ce chômage chronique des femmes quinquagénaires ?

C’est dur à dire, je ne peux vous donner ici que ma perception personnelle… J’ai vu un certain nombre de femmes développer tout leur parcours autour de leurs compétences sans travailler autant que les hommes leur réseau d’influence. Avoir eu de bons résultats dans ses missions, c’est bien, mais ça ne suffit pas à partir d’un certain âge.

Et puis femme ou homme, nous avons à faire avec un bassin d’emplois insuffisant et une entreprise préférera embaucher quelqu’un de quinze ans de moins, jugé plus adaptable, plus motivé et plus prometteur. Partir du principe que quelqu’un de plus de 50 ans n’est pas adaptable n’est rien d’autre qu’une croyance. Comme disait Nietzsche, “je préfère un menteur à un croyant l’un des deux offre une opportunité de dialogue”. Les quincas ont généralement développé des capacités d’analyse et de contournement que n’ont pas encore les plus jeunes et qui leur permettent de venir à bout de problèmes complexes. Ce qui offre une belle complémentarité intergénérationnelle. Le quinqua est adaptable, les reconversions multiples et pas toujours choisies le démontrent tous les jours.

Pour simplifier, la force des millenials, c’est plutôt la rapidité celle des quincas, la résilience.

Quels conseils donnerais-tu aux quincas, femmes ou hommes, qui nous lisent et qui risquent un jour où l’autre de perdre leur emploi et de se retrouver obligés de travailler en freelance ?

D’abord de se préparer psychologiquement. Prendre conscience que votre employabilité n’est plus ce qu’elle était et envisager de mener une vie professionnelle hors du salariat. Il faut intégrer cela avant de se retrouver chez Pôle Emploi !

Il faut se préparer à faire le deuil de son statut de salarié, pas seulement de celui de salarié de l’entreprise A ou de l’entreprise B, mais de salarié tout court.

Ensuite faire un vrai diagnostic. Que vais-je pouvoir devenir ? Qu’est-ce qui est commercialisable chez moi ? Quelles sont les compétences dont je fais pouvoir faire un produit ? Sur quels réseaux pourrai-je alors m’appuyer ? Il est essentiel de vous poser ces questions avant de vous retrouver sans emploi.

Sur la base de ce diagnostic, vous pouvez, dés maintenant, commencer à mettre en place un plan d’action.

Encore en poste, vous êtes dans une bonne posture pour travailler vos réseaux, profitez-en sans attendre.

Vous pouvez aussi lancer un blog consacré à un sujet relatif à votre expertise. Cela ne coûte pas grand-chose, ne prends pas trop temps et vous permettra de gagner en visibilité et en reconnaissance sur votre sujet. Au moment de vous lancer, vous aurez déjà une bonne base de départ et vous aurez, au passage, fait des rencontres avec d’autres personnes concerné par votre sujet.

En cas de licenciement économique, vous pourrez prendre les devants et utiliser le PSE en fonction de vos objectifs plutôt que de le subir. Il comprend notamment des actions de soutien à la création d’activité et à la formation qui pourrait s’avérer bien utile au moment de vous lancer.

Si vous avez pris le temps de vous préparer à la perspective d’un licenciement et avez commencé à réfléchir à votre future activité d’indépendant, vous saurez quoi demander à votre employeur le moment venu, vous pourrez par exemple faire financer votre futur site internet, une formation en webmarketing ou une campagne de prospection.

Enfin, voyez si vous pouvez obtenir la possibilité de travailler un jour par semaine depuis un espace de coworking. Vous y côtoierez de nombreux freelances qui pourraient demain devenir vos partenaires d’affaires et compagnons de route. Cela vous aidera à vous faire une idée plus nette de ce que vivent ces travailleurs indépendants, de leurs enjeux et de leur quotidien. Et puis, ça vous évitera un choc culturel trop violent au moment où, vous aussi, vous passerez de l’autre côté.

Tu es passé par les circuits traditionnels de recherche d’emploi et d’aide à la reprise d’activité, quel bilan dresses-tu de ces dispositifs ?

Le discours est lénifiant « créer votre emploi » alors que les process de décisions dans l’entreprise restent souvent ancrés sur des rapports hiérarchiques et un manque de confiance envers les nouvelles formes d’employabilité.

Au-delà de mon cas particulier, je pense que les structures tant paritaires que patronales ne sont pas souples, pas orientées projet et peu ouverte sur les développements internationaux. Pôle Emploi devrait avoir une approche projet plutôt qu’une approche fonction. Ils gagneraient à travailler sur l’adéquation compétence-projet. Des conseillers Pôle Emploi qui iraient voir les entreprises pour leur demander quels sont leurs enjeux et projets puis faire matcher cela avec les compétences des demandeurs d’emploi, voilà ce qui aiderait tout le monde !

Et et n’est pas en réunissant les chômeurs entre eux qu’on crée une dynamique. Les chômeurs parlent aux chômeurs, c’est juste désespérant.

Quant à l’outplacement, j’ai trouvé cela totalement inefficace. Donneur de leçons ou contrôleur des travaux finis, en dehors de mes états d’âme, les chiffres de non-retour à l’emploi de ces structures sont éloquents. Dommage vu le prix que cela coûte… J’en ai même rencontré un qui s’imaginait faire de la maïeutique de l’emploi… Socrate reste cool :o)

Finalement, le nœud gordien, c’est la commercialisation de la compétence que ce soit via un emploi salarié ou en freelance.

Et en freelance, c’est particulièrement difficile : les grands groupes sont frileux à signer avec autre chose qu’un gros cabinet, les patrons de PME sont surbookés et très difficiles à rencontrer et les toutes petites entreprises ont rarement les budgets. Dans ces conditions, il est primordial de ne pas rester seule ; les travailleurs indépendants commencent à se structurer en collectifs, notamment au sein d’espaces de coworking, des communautés professionnelles au sein desquelles les seniors ont beaucoup à apporter, à prendre et à apprendre.

Amédée
Génie indépendant

Génie indépendant depuis des siècles, je partage aujourd’hui mes aventures avec vous, indépendants de tout poil et de tous horizons. Actu, bons plans, témoignages ou libres palabres, je vous apporte les meilleures infos pour que vous puissiez profiter au mieux de votre indépendance.

 

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