Les 8 figures du travailleur indépendant

Artisan-commerçant, profession libérale, intermittent du spectacle, freelance… Les travailleurs indépendants sont aussi divers que nombreux. D’ailleurs, l’Insee ne parle pas de travailleurs indépendants mais de travailleurs « non salariés », une définition par la négative qui peine à rendre compte de la diversité du phénomène. Ce petit bestiaire devrait vous aider à y voir plus clair.

L’agriculteur

Figure historique du travailleur indépendant, l’agriculteur ne représente aujourd’hui que 17 % de la population des travailleurs non salariés contre 42,7 % en 1982 (source : Enquête Emploi de l’Insee). Toujours selon l’Insee, les agriculteurs non salariés sont aujourd’hui 416 000 en France métropolitaine. Il existe de moins en moins de fermes familiales et les exploitations sont de plus en plus grandes, le monde agricole s’étant industrialisé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces dernières années, on a pu constater un nouvel élan vers les métiers agricoles : entre permaculture et micro-fermes, de plus en plus de jeunes actifs semblent être attirés par un retour à la terre, mais il faudra encore du temps pour savoir s’il s’agit d’une tendance de fond ou simplement d’une mode pour citadins en mal de verdure.

L’artisan-commerçant

D’après le Régime social des indépendants (RSI), à la fin de l’année 2015 la France comptait 564 000 artisans et 712 000 commerçants. Avec l’essor des grandes surfaces, les commerçants ont été progressivement remplacés par des chefs de rayon et des caissiers de supermarché. Des métiers d’indépendants sont ainsi devenus des métiers de salariés. Malgré une perte d’effectifs, la population des artisans-commerçants n’a pas subi le sort de celle des agriculteurs. Elle représente aujourd’hui encore une part importante des actifs non salariés.

Les professions libérales

Fin 2015, le RSI comptabilisait 412 000 travailleurs en profession libérale. Le plus gros contingent est constitué par les professionnels de santé (infirmiers, médecins, pharmaciens, etc.) Mais on compte aussi les avocats, les architectes, les experts-comptables, les professionnels de l’assurance et autres experts « techniques ». Leurs professions ne datant pas d’hier, ils sont généralement bien organisés au sein de leur branche (couverture sociale, retraite, défense de leurs intérêts, etc.)

Le journalier

Très présent dans les métiers du bâtiment, le journalier opère souvent en auto-entreprise. D’après le Haut conseil du financement de la protection sociale (HCFi-PS), la part des non salariés dans la construction est aujourd’hui de 20 %, contre 15 % en 1970. Le journalier travaille sur des missions courtes pour un ou plusieurs employeurs avec lesquels il est en contact direct. On fait appel à lui plus ou moins ponctuellement. Il arrive que le journalier dépende d’un donneur d’ordre unique, ce dernier préférant cette modalité contractuelle à celle d’un rapport salarié plus cher et moins adapté à la contingence de ses affaires… mais laissant le travailleur plus vulnérable.

Le travailleur de plateforme

Chauffeur Uber ou livreur Deliveroo, à plein temps ou à temps partiel, ce nouveau genre d’indépendants a émergé dans le sillage des géants de ce qu’on appelle abusivement l’économie collaborative. Souvent en micro-entreprise (anciennement auto-entreprise), ils dépendent d’une plateforme par laquelle des clients les contactent, les paient et les notent. Le travailleur de plateforme a le plus souvent une expertise générique et se trouve ainsi dans une situation peu favorable par rapport à la plateforme qui pourrait avoir tendance à le considérer comme interchangeable. Selon le HCFi-PS, on dénombre 200 000 travailleurs proposant leurs services sur des plateformes.

Le startuper

Le startuper lance sa boîte espérant convaincre, lever des fonds, grandir et recommencer… jusqu’au jour où il vendra son entreprise (ou plus exactement les parts qui lui restent). Son indépendance n’est que transitoire, elle correspond à la période de lancement de son activité. Il arrive cependant que le startuper se mue en freelance pour obtenir des revenus alors que son activité d’origine peine à décoller. Le startuper et le freelance se croisent dans les espaces de coworking, ils utilisent les mêmes outils et sont généralement l’un et l’autre diplômés du supérieur.

L’intermittent du spectacle

Pôle emploi en recense plus de 250 000, une hausse de 5 % sur les cinq dernières années. Ils sont officiellement salariés, mais l’intermittence de leur vie professionnelle a plus en commun avec les travailleurs indépendants qu’avec les salariés classiques. Leur régime est déficitaire, mais ils parviennent à conserver leurs droits, faisant front commun à chaque fois qu’une réforme menace leurs acquis. Imaginé et créé avant l’essor du freelancing, ce statut hybride pourrait répondre à certains besoins des freelances. La question épineuse reste de savoir comment financer ce régime…

Le freelance

« Les freelances sont des travailleurs indépendants qualifiés — consultants, graphistes, designers ou développeurs informatiques — qui choisissent de se mettre à leur compte sans employer d’autres personnes. Ils fournissent des services techniques, artistiques ou commerciaux externalisés par les organisations, via une plateforme numérique ou directement. À l’inverse des autres indépendants, ils n’ont pas nécessairement de fonds de commerce, d’agrément, d’actif immobilisé ou de licence permettant d’exercer une profession réglementée. » Voici comment ces indépendants sont définis dans l’étude de Malt (2017). Selon cette étude, ils étaient 830 000 en France fin 2016. Une progression de 126 % en 10 ans. Pour 90 % d’entre eux, l’indépendance est un choix. C’est la catégorie d’indépendant qui progresse le plus rapidement.

Quid de l’auto-entrepreneur ?

S’il n’est pas mentionné plus haut, c’est qu’il s’agit en réalité d’un statut correspondant à plusieurs catégories d’indépendants, notamment le journalier, le travailleur de plateforme et le freelance. Derrière ce statut se cachent des réalités professionnelles très diverses, il ne peut donc suffire pour caractériser un type d’indépendant.

Antoine van den Broek
Rédacteur en chef d’Amédée

Indépendant, frère-fondateur de Mutinerie, penseur, acteur et témoin des nouvelles formes de travail, passionné par le développement de communautés, j’aime faire des rencontres et raconter des histoires, deux activités auxquelles je peux me livrer par la grâce d’Amédée

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