Les outils de la liberté

Si Amédée a pu s’installer à la campagne, si nous pouvons aussi aisément travailler où bon nous semble, c’est d’abord parce que nous avons aujourd’hui les outils pour le faire. Slack, Trello, Google Drive, Dropbox, Mailchimp, Skype… des outils puissants et accessibles qui ont rendu possible de nouvelles formes de travail et finalement, de nouveaux modes de vie. La comparaison de ces outils de l’indépendance avec ceux de la grande entreprise – sans parler de l’administration – est édifiante. Voici quatre attributs qui les distinguent.

Des outils pensés pour l’utilisateur

Des outils pensés pour l’utilisateur… ça tombe sous le sens… il est normal que l’on construisent des outils pour que celles et ceux qui les utilisent puissent s’en servir au mieux… Bah non ! Pas tant que ça en réalité. Dans les grands groupes, c’est la DSI (Direction des Systèmes d’Informations) et le top management qui décident des applications, plateformes et autres logiciels que les milliers de salariés utiliseront. S’il y a dans certains cas une consultation des opérationnels, ce n’est pas systématique.

Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas les utilisateurs qui décideront de l’adoption de tel ou tel outil. En bout de chaîne, ces malheureux devront adopter la bestiole qu’on aura choisi pour eux.

Les premiers jours, ça grince un peu des dents, mais, heureusement, des consultants, spécialistes de la conduite du changement, sont là pour calmer les récalcitrants. On pond un tutoriel multicolore et on propose un serious game palpitant pour apprendre les arcanes de ce nouvel outil que l’on aura pris soin de baptiser d’un nom amical. Et voilà ! C’est parti pour dix ans ! Les v2, v3… vX s’empileront comme autant de couches d’un inextricable mille-feuille. Il n’y aura pas de marche arrière possible, il faudra faire avec « l’existant ». Et tampi pour l’utilisateur.

La grande différence avec le monde de la grande entreprise, est que nous, freelances, sommes à la fois acheteurs et utilisateurs de nos outils.

Pour que nous acceptions de payer, il faut qu’ils nous plaisent et s’ils ne nous satisfont plus, nous nous en séparons. Pour nous appâter, on nous propose des versions freemium, nous n’avons rien à payer jusqu’à un certain seuil. Des startups en forte croissance lèvent des sommes considérables qu’elles consacrent au peaufinage permanent de la sacro-sainte expérience utilisateur – quand ce n’est pas carrément un ogre de Silicon Valley qui développe directement ses solutions. D’ailleurs l’un finira un jour par manger l’autre. Entre ces multiples acteurs, la concurrence est rude. Chacun se bat au jour le jour pour proposer la meilleure solution sur un marché qui suit une logique beaucoup plus proche du B2C que du B2B.

C’est sur cette masse immense d’utilisateurs individuels que se font, par truchement, les économies d’échelle autrefois réservées aux plus gros.

Des outils accessibles d’où l’on veut

Ce point est assez évident. Les outils et services dont profitent les freelances sont accessibles de partout pas seulement sur l’ordi du bureau. C’est bien normal puisqu’il n’y a plus d’ordi du bureau. Il y a l’ordi tout court qui sert aussi bien à travailler qu’à trainer sur Facebook ou a regarder Game of Thrones. Entre autres utilisations (ce qui pose d’ailleurs d’autres problèmes que nous aurons l’occasion d’aborder plus tard).

Nos outils sont dans les nuages, sur le cloud, et l’on y accède via toutes nos devices : laptop, tablette et smartphone.

Des outils génériques

Les solutions dont nous avons parlé, celles qui fleurissent pour faciliter vie les freelances, startups et autre small-businesses, ont un autre attrait : l’expertise acquise au maniement de ces outils a une valeur durable. Le temps qu’on aura passé à suer dessus – car il faut quand même un peu transpirer – ne sera pas perdu contrairement à celui passé par un salarié sur un obscur logiciel utilisé en interne seulement.

Quel dommage de passer des centaines d’heures à acquérir une expertise non-transférable, non-monétisable sur le marché du travail et finalement non-émancipatrice.

Des outils qui dialoguent entre eux

Cerise sur le gâteau, ces outils de grande qualité sont combinables entre eux dans des combos dévastateurs sans précédent depuis la fusion de Vegeta et Sangoku. On lie son compte Slack à Mailchimp et Mailchimp à Facebook, on combine Wufoo, WordPress, Dropbox et Highrise sans oublier les nombreux outils Google.

Les app dialoguent entre elles par la grâce d’invisibles API, le code est partiellement ouvert, un véritable écosystème se met en place au service de la productivité individuelle et collective.

Le monde à l’envers

Bien sûr, on trouve aussi dans la grande entreprise des outils de qualité dont la maîtrise à une valeur en dehors des murs de celle-ci (Excel, Adobe, PPT…). En fait, le constat que nous faisons ici, beaucoup d’entreprises le partagent et on en voit de plus en plus abandonner leurs vieilles et coûteuses tuyauteries pour les solutions efficaces et bon marché qui ont déjà séduit des millions de professionnels. Il est tout aussi vrai que certaines applications métiers spécifiques ne seront pas remplacées du jour au lendemain. Des problématiques stratégiques liées à la propriété intellectuelle et à sécurité des données entrent aussi en ligne de compte. Ceci étant dit, on ne peut pas pour autant fermer les yeux sur le phénomène qui nous intéresse.

Ce nouvel état de fait a quelque chose d’ironique quand on sait que l’une des raisons d’être de la grande entreprise était justement sa capacité à développer (et à financer) des outils permettant le travail en réseau de ses nombreux collaborateurs.

Les indépendants n’ayant pas les ressources nécessaires au développement de ces solutions devaient se débrouiller avec les moyens du bord. Mais, voilà qu’en une dizaine d’années, les moyens du bord se sont considérablement améliorés pour des freelances toujours plus nombreux qui profitent aujourd’hui d’outils de pointe sans cesse plus performants alors que de nombreux salariés subissent toujours les tourments de vieilles bécanes à bout de souffle.

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