Une voix pour les freelances

Hind Elidrissi, fondatrice de Wemind, récemment nommée au Conseil National du Numérique, nous parle des freelances, de leurs droits, et du devoir qu’ils ont aujourd’hui de s’unir pour parler d’une seule voix.

Lorsque les acteurs institutionnels parlent de numérique, de nouvelle économie, d’entreprenariat, c’est généralement l’image de la startup qu’ils ont en tête. Jeunes pousses, pépites, licornes, on espère voir émerger le futur champion national qui fera la fierté du pays et de ses représentants. Les freelances, entrepreneurs d’un autre genre, chaque jour plus nombreux, trouvent peu de place dans le discours institutionnel. Éblouis par le succès d’une poignée de startup emblématiques, nos représentants ont tendance à occulter ces petits entrepreneurs qui représenteront bientôt plus d’un million de personnes. À  contre-jour, dispersés en une multitude de métier, éparpillés sur différents statuts, ces derniers peinent à se faire entendre et à exister comme groupe social.

La récente nomination au sein du Conseil National du Numérique de Hind Elidrissi, cofondatrice de Wemind et fine connaisseuse du monde des freelances, apparaît dans ce contexte comme le signe d’une prise de conscience de nos dirigeants. Enthousiasmés par cette heureuse nouvelle, nous sommes parti à la rencontre de cette championne du freelancing pour en savoir plus sur sa mission au sein du Cnnum et sur la vision qu’elle compte porter pendant ses deux ans de mandat.

Bonjour Hind, tu viens d’être nommée au Cnnum, peux-tu nous dire en quoi consiste ta mission ?

Le Cnnum est une instance ayant pour mission de conseiller le gouvernement sur les sujets ayant trait au numérique. Le sujet central de notre équipe pour les deux années à venir est celui de l’inclusion numérique. Comment faire pour que le numérique soit une chance pour chacun et chacune ? Comment réduire les diverses fractures numériques ? Comment faire du numérique un levier d’inclusion ? Cela comprend, par exemple, la question de l’égalité homme-femme, sujet cher à notre présidente, Salwa Toko. La question des travailleurs indépendants et notamment celle des inégalités dont ils pâtissent en terme de protection sociale (santé, logement, réglementation, chômage…) fait partie des sujets qui nous intéressent. C’est un sujet que j’ai eu l’occasion de creuser avec Wemind et je suis heureuse de pouvoir lui donner une nouvelle résonance à travers le Cnnum.

Comment expliquer que les freelances, dont le nombre augmente constamment dans notre pays, souffrent d’un tel déficit de représentation ?

Notre système social est organisé autour du salariat. De ce statut découlent de nombreux droits. Ce qui caractérise le statut de salarié est la subordination, la question est donc de sécuriser le fonctionnement de cette subordination. C’est ce qu’essaient de faire les syndicats. Certains indépendants “historiques” comme les professions libérales, les artisans-commerçants ou les intermittents du spectacle sont parvenus à s’unir au sein de corporations, mais pour les freelances du numérique, qui n’ont pas la même ancienneté ni la même solidarité, c’est la page blanche.

Incapables de se rassembler au niveau interprofessionnel à l’échelle nationale (des communautés locales existent notamment autour des espaces de coworking) les freelances laissent les autres parler pour eux. Aujourd’hui, ce sont les plateformes qui monopolisent l’attention sur le sujet et imposent leur storytelling. Elles font un véritable travail de lobbying, ce que les freelances sont pour l’instant incapables de faire à grande échelle.

Mon combat c’est que les besoins des freelances soient au moins autant sinon plus considérés que ceux des plateformes.

Comment, dans ces conditions, défendre ces freelances apparemment incapables de porter un message clair ?

D’abord, en allant vers eux, en leur posant des questions pour comprendre ce qu’ils vivent, et savoir ce qu’ils souhaitent. Je travaille actuellement sur le volet social des Etats Généraux des nouvelles régulations numériques, il s’agit d’une grande initiative pour faire émerger un nouveau modèle social pour les indépendants, notamment ceux qui travaillent avec des plateformes. Mon rôle, précisément, est d’écouter tout le monde, qu’il s’agisse des plateformes ou des indépendants eux-mêmes.

Il est aussi important de se rassembler. La question pour les freelances est de ne pas se regrouper uniquement par métier dans une logique purement utilitariste, mais d’envisager une solidarité interprofessionnelle qui permettra d’améliorer la condition de tous les indépendants, du développeur freelance au chauffeur VTC. Par exemple, un événement comme la Freelance Fair, qui a rassemblé 1 500 freelances à travers toute la France participe clairement à l’émergence d’une conscience collective.

Je suis convaincue qu’un rassemblement interprofessionnel reste possible si l’on insiste sur ce qui nous rassemble : nos valeurs communes, qui sont fortes et presque constitutives de l’identité de freelance.

Chez Wemind, nous avons dégagé trois valeurs cardinales : la liberté, marqueur qui distingue les freelances des salariés, la responsabilité, qui est le corollaire de la liberté, et la bienveillance, c’est-à-dire le fait de chercher à entretenir de bonnes relations avec les autres, et plus généralement avec son environnement. C’est en partant de ces valeurs que l’on parviendra à concevoir un nouveau modèle social.

Photo by Aaron Mello on Unsplash

Antoine van den Broek
Rédacteur en chef d’Amédée

Indépendant, frère-fondateur de Mutinerie, penseur, acteur et témoin des nouvelles formes de travail, passionné par le développement de communautés, j’aime faire des rencontres et raconter des histoires, deux activités auxquelles je peux me livrer par la grâce d’Amédée

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