Ces freelances qui profitent du confinement pour lancer un projet passion7 minutes de lecture

Le confinement s’avère une période propice pour de nombreux freelances qui nourrissent un projet passion. Amédée vous explique comment vous en inspirer… et ne pas paniquer si la créativité confinée vous fait défaut.

Aux tous débuts du confinement, vous avez sûrement vu fleurir sur les réseaux sociaux des listes de bonnes résolutions, des blagues sur les milliers de “romans du confinement” qui inonderont les éditeurs dans quelques mois, et vous vous êtes peut-être dit, vous aussi, que cette période serait bien employée à développer un projet passion. “Avec tous les projets professionnels qui s’arrêtent ou sont décalés, il y a un vide à combler. Ça laisse le temps de développer des choses qu’on ne s’était pas permis ou qu’on avait pas eu le temps de lancer”, témoigne Ronan, commissaire d’expositions et planneur arts, médias et impact indépendant. Mais comment s’y prennent ces confinés créatifs ? Et comment s’en inspirer ?

LES CONFINÉS ULTRA-CRÉATIFS

Certains freelances réussissent très bien à mettre à profit cette période de pause forcée. Comme Adil Jain, qui est compositeur, réalisateur et photographe : pendant le confinement, il a multiplié les activités sur tous ces fronts (un nouveau site pour sa comédie musicale, un nouveau studio photo et des séries de portraits) et il a en plus lancé son activité de courtier en immobilier.

Ronan, lui, travaille sur une série de “contes écolos pour enfants” avec une illustratrice qu’il avait rencontrée avant le confinement : “Elle est en chômage partiel donc elle a le temps de développer ses projets passion, dont le mien fait partie ! On avance plus vite qu’on ne l’aurait pu en temps normal.” Il a aussi lancé de nouvelles pratiques sur son compte Instagram : des lectures de textes en live, et l’écriture de nouvelles adaptées au format des stories — ce qui lui a donné l’idée d’une collection de livres, à laquelle il travaille déjà avec un éditeur.

LES CONFINÉS CONTEMPLATIFS

Un bouillonnement de créativité et d’idées qui pourrait donner des complexes à ceux qui “n’y arrivent pas”. C’est un sujet qui revient beaucoup dans les conversations que j’entretiens avec d’autres freelances par ailleurs écrivains de fiction, pour qui la créativité et l’énergie sont en ce moment difficiles à trouver. Il n’est évidemment pas possible pour tout le monde de faire d’une période hautement incertaine, anxiogène et, pour certains, matériellement difficile un moment de créativité folle. 

Mais justement, “profiter” du confinement n’est pas forcément synonyme de productivité débridée. Cela peut aussi vouloir dire ralentir et prendre le temps de graduellement trouver sa place. Ça a été la démarche de Florence, illustratrice freelance : “Les premières semaines, ce qui m’inquiétait, c’était d’être assimilée aux gens qui essaient de s’approprier le coronavirus pour se placer. T’as pas envie d’être opportuniste, mais il n’empêche que ça libère une créativité chez toi dont tu as envie de faire part.”  Pour elle comme pour de nombreux freelances (sans enfants), le quotidien ne s’est pas trouvé très chamboulé par le confinement. La question, c’était alors de “trouver le bon ton, la bonne place, de ne pas être indélicate par rapport à ceux qui vivaient la situation moins bien que moi.”

PRENDRE LES CHEMINS DE TRAVERSE

Au lieu de refaire son portfolio, Florence a donc pris du temps pour sa pratique. “Ce n’est pas le moment de démarcher, donc ça m’a ouvert une autoroute : j’ai le droit d’explorer d’autres voies sans culpabilité.” Et ce qui est beau, c’est que plusieurs de ces expérimentations, fondées sur une pure envie d’inventer des chemins de traverse, ont débouché sur des collaborations professionnelles : des commandes de portraits pour un Ehpad, des photos illustrées pour un producteur de vin. Par Instagram, notamment, elle a noué de nouveaux liens : “Les réseaux sociaux ont pris encore plus d’importance pour moi en tant qu’artiste, je ressens plus de réactivité de la part des gens.” Ronan confirme : “Quand on fait des choses différentes, d’un coup on noue des relations différentes, des gens avec qui on n’avait jamais parlé avant se mettent à nous contacter.”

Car si l’image d’Épinal du confiné créatif est celle d’un artiste solitaire, en réalité, les formes de soutien collectives éclosent peut-être encore plus en temps de confinement. Je fais partie des freelances qui n’ont (pour le moment) pas réussi à dédier beaucoup d’énergie à un projet passion, mais je dois le peu de créativité que j’ai trouvé ces deux derniers mois à mes cours d’écriture en ligne et à mes groupes de travail réguliers avec d’autres autrices. Abandonner la pression de la productivité pour l’émulation collective : c’est peut-être ça, “profiter” du confinement.

ET APRÈS LE CONFINEMENT ?

En germe, dans ces projets passion confinés, il y a quand même la question de l’après. “Là, on est dans une sorte de bulle créative hyper confortable qu’on chérit parce qu’on sait que ça ne va pas durer. Mais il y a un vertige aussi : il y a quelques aides par-ci par-là, mais il va bien falloir se remettre au travail. Quand est-ce qu’on reprend le cap ?”, s’interroge Ronan.

Florence sait déjà qu’elle retirera de cette longue quarantaine une meilleure connaissance d’elle-même en tant qu’artiste, et des contacts nouveaux. “J’ai envie de réinventer la manière dont je démarche. On doit tous gagner notre croûte, mais le confinement m’a appris à aller vers des gens dont je me sens proche. Quand tu fais ce que tu aimes et que tes moteurs sont sincères, il se passe des choses.” Ronan a intégré ses projets passion dans son portfolio, et ça lui a valu trois prises de contact en une semaine : “C’est eux qui me remettent au travail.”

Comme on l’écrivait dans cet article, pour beaucoup de freelances, l’équilibre entre boulot alimentaire et passion est un exercice de transition. Car quand on veut faire de sa passion un métier, on espère qu’un jour travail alimentaire et travail passion se recouvrent complètement. Pour certains, le confinement permet de poser de précieux jalons.

Philothée Gaymard
Journaliste indépendante

Je suis journaliste et rédactrice freelance depuis tout début 2015, après quatre ans passés chez Usbek & Rica. J’écris sur le genre, l’innovation, le développement durable et parfois un mélange de tout ça.

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