De consultant à confident, il n’y qu’un pas…6 minutes de lecture

Pourquoi et comment des consultants indépendants finissent par devenir les confidents de leurs clients ?

Avoir des rapports de travail plus sains et plus authentiques : voilà l’une des raisons données par les freelances quand on leur demande pourquoi ils ont choisi la voie escarpée de l’indépendance.

On pense naturellement à ces freelances travaillant ensemble, en toute transparence, depuis un espace de coworking, mais on parle moins de la relation particulière qu’un freelance peut développer avec son client.

Notre position d’outsider et notre posture d’électron libres nous permettent de nouer des relations non-conventionnelles avec nos clients, des relations de confiance souvent plus profondes que celles que nos clients peuvent avoir avec leurs propres collègues.

Au point que le consultant indépendant que nous sommes se transforme parfois en confident…

Aux sources de la confiance

Comment expliquer cette relation si spéciale qui s’installe avec certains de nos clients ?

D’abord par le fait que cette relation est choisie. Notre client nous a choisi et, dans une certaine mesure, nous l’avons choisi. La dimension affective est évidemment fondamentale : quand on choisi un consultant indépendant, on ne choisit pas simplement un prestataire, on choisit un homme ou une femme. Celui ou celle qui, au sein de son organisation, décide de travailler avec nous, fait un véritable choix, ce qui n’est pas forcément le cas avec ses propres collègues qui ont généralement été choisis par la hiérarchie ou par un prédécesseur… et qu’il faut ensuite se coltiner pour le meilleur et pour le pire.

Ensuite, parce que nous ne sommes pas en compétition avec notre client contrairement à certains de ses collègues. Ce que notre client ne dirait pas à l’un de ses collègues, il peut nous le dire sans crainte. Cela ne sera pas utilisé contre lui. Il peut manifester son désaccord et partager ses doutes sans craindre que cela soit utilisé contre lui par l’ambitieux Patrick, entré dans la boite en même temps que lui et fermement décidé à obtenir ce poste de direction bientôt libre (Nicole partant à la retraite)…

Autre point à signaler : le consultant indépendant étant habitué à une certaine liberté de parole, de ton et de style, il aura tendance à entraîner son client vers une relation plus directe que celle que ce dernier a l’habitude d’avoir au sein de son organisation.

Entre le consultant indépendant et son client s’installe une relation libérée des tabous propres à n’importe quelle organisation.

Les freelances ayant tendance à adopter une attitude plus unifiée (moins de schizophrénie pro / perso que chez les salariés), ils invitent implicitement leurs clients à se comporter de la sorte.

Enfin, le simple fait d’être un “étranger” confère au consultant indépendant des pouvoirs spéciaux, à l’image d’un psy ou d’un inconnu, assis à côté de vous lors d’un long trajet en train, à qui vous livrerez des pensées que vous n’aurez jamais osé partager avec vos proches. Le fait de sortir du contexte social habituel est une invitation à la transparence et à la confidence.

D’heureuses conséquences…

Pour le consultant indépendant, comme pour son client, cette relation est une chance.

Retrouver les méandres du monde corporate est quelque chose que j’ai appris à aimer. Quand on est indépendant, entouré d’autres indépendants, on a vite fait d’occulter une réalité professionnelle qui concerne pourtant l’écrasante majorité des actifs.

Retrouver le “monde de l’entreprise” nous aide à garder les pieds sur terre. On sort de l’idéal théorique (“j’ai une super solution pour vous !”) pour entrer dans le concret, le réel, avec ses blocages, ses compromis et ses contournements.

Même si cela peut être frustrant, cela nous fait grandir professionnellement, car, en réalité, tout cela fait partie du job.

Cette confrontation avec l’univers corporate nous permet aussi de faire le point sur notre propre situation professionnelle. Ce miroir inversé nous aide à mieux appréhender ce que notre situation d’indépendant a de spécifique avec ses bons et ses moins bons côtés…

Côté client, cela permet de sortir un peu la tête des évidences du quotidien et de s’ouvrir à de nouvelles solutions et de nouveaux points de vue. Fort de ses nombreuses expériences dans des contextes professionnels variés, le freelance a un rôle de pollinisateur qui va bien au-delà de sa mission d’origine. Un client ouvert et à l’écoute pourra en profiter pleinement.

Pour penser “out of the box”, pour reprendre l’expression consacrée, rien de tel qu’un professionnel “out of the boîte”.

Toutes ces raisons contribuent au développement de saines relations faites d’écoute et de respect mutuel ; des relations qui peuvent même finir par devenir véritablement amicales, ce qui constitue un vrai luxe pour le freelance comme pour son client.

Photo de couverture : Kristina Flour

Antoine van den Broek
Rédacteur en chef d’Amédée

Indépendant, frère-fondateur de Mutinerie, penseur, acteur et témoin des nouvelles formes de travail, passionné par le développement de communautés, j’aime faire des rencontres et raconter des histoires, deux activités auxquelles je peux me livrer par la grâce d’Amédée

COMMENTAIRES

DANS LA MÊME CATÉGORIE

Lectures recommandées

Y a-t-il un âge pour être freelance ?

La question de l’âge revient souvent chez les personnes qui aspirent à se lancer en freelance. Suis-je trop jeune ? Trop vieux ? Est-ce que je pourrai faire ça tout...

Avec le soutien bienveillant de

Like Amédée

Retrouve Amédée sur

Les derniers Tweets

Qui est Amédée ?