Entreprendre en 1999 vs 20198 minutes de lecture

Cette année, Amédée est partenaire sur Salon SME (anciennement Salon de la Micro-Entreprise), l’occasion de recueillir la parole d’Alain Bosetti, son fondateur, qui voit défiler cette année la 20e “promo” de micro-entrepreneurs. Évolutions du contexte entrepreneurial, émergence des freelances, mutations du travail : voici le point de vue d’un observateur éclairé.

Bonjour Alain, en 1999, tu lançais le premier Salon de la Micro-Entreprise, rebaptisé depuis Salon SME. Qu’est-ce qui a changé en 20 ans ?

Beaucoup de choses ont changé…

L’environnement législatif a évolué.

L’introduction en 2009 du statut d’auto-entrepreneur (devenu micro-entrepreneur) a provoqué une hausse spectaculaire du nombre de créations d’entreprise dans notre pays.

Lorsque nous avons lancé le salon des micro-entreprises, on comptait 250k créations d’entreprise chaque année, toutes catégories confondues. Aujourd’hui, on est à 700k créations par an et les micro-entreprises représentent environ la moitié de ces créations.

Même si toutes les micro-entreprises ne sont pas toutes également actives, ce statut a vraiment permis de faciliter l’accès des Français à l’entrepreneuriat. À côté de la micro-entreprise, le portage salarial a lui aussi fait son petit bonhomme de chemin (autour de 70.000 portés en France selon le PEPS) pour offrir aux entrepreneurs français qui le souhaitaient un cadre social plus rassurant. 

Le contexte technologique n’a plus rien à voir avec celui de la fin des années 90.

La généralisation des smartphones avec tout l’environnement applicatif qui va avec, est un changement à signaler. N’oublions pas que le premier iPhone ne date que de 2007… Ce qui nous semble aujourd’hui une évidence est en fait tout récent. Ces outils ont donné aux entrepreneurs le don d’ubiquité : où qu’ils soient, ils sont capables d’emmener avec eux leur petite entreprise. Les nombreuses applications proposées sur ces smartphones leur permettent de s’extraire d’une certaine lourdeur et d’avancer plus léger.

Cette révolution technologique a aussi bouleversé notre manière d’apprendre et de nous former. Les entrepreneurs disposent aujourd’hui de nombreuses ressources gratuites pour progresser dans l’exercice de leur métier. Les freelances profitent à fond de ces ressources pour rester à la page sur des métiers en pleine évolution.

Il faut aussi parler de l’avènement des plateformes.

En mettant directement en relation les freelances et des clients potentiels, ces plateformes bouleversent en profondeur la posture de l’entrepreneur. Les plateformes permettent aux entrepreneurs-freelances de développer leur entreprise même s’ils se sentent peu à l’aise avec l’activité commerciale.

Ces plateformes ouvrent ainsi les portes de l’entrepreneuriat à de nombreux professionnels qui n’auraient pas franchi le pas sans elles. On n’est plus obligé d’être chasseur pour entreprendre, on peut aussi être éleveur !

Au-delà des plateformes, la logique de réseaux et de recommandations offre aux entrepreneurs de formidables possibilités de développement.

Pour accompagner ces bouleversements, de nouveaux lieux ont vu le jour.

En 1999, on avait le choix entre la maison, le café, et la location onéreuse et risquée d’un bureau. En 2019, les entrepreneurs individuels disposent d’une large gamme d’espaces de coworking, maker-spaces et autres tiers-lieux. Ces espaces hybrides, en apportant un soutien à la fois matériel, social et moral aux petits entrepreneurs, ont largement contribué à ce que j’appelle la transition entrepreneuriale.

Pour autant, certaines choses n’ont pas changé en 20 ans.

Cette petite flamme, ce besoin de liberté, cette quête de sens qui motivait les entrepreneurs il y a 20 ans est la même que celle qui anime les entrepreneurs d’aujourd’hui.

La solitude et l’isolement restent encore, malgré le coworking et les innombrables réseaux sociaux, un enjeu fondamental dans le parcours de l’entrepreneur.

La pluriactivité enfin, reste une réalité aujourd’hui comme hier. Les entrepreneurs ayant bien souvent à jongler avec plusieurs activités que celles-ci soient en partie salariées ou entièrement indépendantes. Nous avions d’ailleurs fait une infographie sur le sujet.

Quel regard portes-tu sur le phénomène freelance ?

Le mot freelance, comme le mot startup, est un mot emprunt d’un certain magnétisme. Il recouvre une nouvelle réalité qui n’en est encore qu’à ses débuts. Déjà, en 2002, dans son livre Free Agent Nation, Daniel Pink annonçait la formation d’une nouvelle classe de travailleurs indépendants aux États-Unis. Même la question du risque associée à l’entrepreneuriat est à reconsidérer, surtout dans un pays comme les États-Unis, où la protection sociale est plutôt minimaliste.

Finalement, qu’est-ce qui est plus risqué : dépendre d’un seul employeur qui peut vous remercier du jour au lendemain ou d’une demie-douzaine de clients qui ne feront pas défection tout d’un coup ?

À lire  Startuper vs Freelance

Rappelons que freelance n’est pas un statut, mais plutôt un état. Statutairement, les freelances se retrouvent sur différents groupes qu’ils aient choisi l’auto-entreprise, l’EURL, la SASU, la maison des artistes, ou encore le portage salarial. Une bonne part des freelances entre dans la catégorie des TNS (Travailleurs Non Salariés) qui représentent aujourd’hui autour de 4 millions d’actifs en France. Une définition par la négative qui en dit long sur la prise en compte du phénomène au niveau institutionnel.

La multiplication des offres dédiées aux freelances – que vous pourrez découvrir au Salon SME – est un marqueur clair de cette profonde transformation de notre manière d’envisager le travail. Des plateformes, des banques, des applis comptables… depuis quelques années, c’est la course à qui parviendra à s’imposer comme l’acteur incontournable auprès de ces entrepreneurs aux besoins bien spécifiques.

Que peut espérer un freelance du salon SME ?

En se rendant au Salon SME (30/09 et 01/10 à Paris), les freelances trouveront des ressources pour les aider au quotidien :

  • Des conseils d’experts pour développer leur activité
  • Des rencontres et du networking avec des partenaires et clients potentiels
  • Une meilleure compréhension de leurs droits, de leurs risques et des protections existantes
  • L’opportunité rare d’échanger entre pairs

La journée du 1er octobre sera dédiée à la question de l’entreprenariat au féminin. Une question brûlante quand on sait que les femmes ne représentent aujourd’hui que 30% des entrepreneurs de France. Une tendance qui d’ailleurs tend à être corrigée par l’essor du freelancing, plus mixte que d’autres formes d’entreprenariat.

Photo de couverture : Laura Fuhrman
Photo #2 : Austin Distel
Photo #3 : The Climate Reality Project

Antoine van den Broek
Rédacteur en chef d’Amédée

Indépendant, frère-fondateur de Mutinerie, penseur, acteur et témoin des nouvelles formes de travail, passionné par le développement de communautés, j’aime faire des rencontres et raconter des histoires, deux activités auxquelles je peux me livrer par la grâce d’Amédée

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