Faut-il avoir travaillé en entreprise avant de se lancer en freelance ?11 minutes de lecture

De plus en plus de jeunes tout fraîchement sortis de leurs études souhaitent se lancer en freelance. Certains commencent même avant, et choisissent le freelancing pour financer leurs études. C’est vrai que la vie de freelance fait rêver : pas de patrons, pas d’horaires ou de lieu de travail imposés. Le rêve, en somme !

Mais est-ce à la portée de tout le monde ? Est-ce qu’il ne faut pas un peu de bouteille pour être légitime en tant que freelance ?

Freelance, un truc de jeune ?

On le disait déjà dans cet article : contrairement à ce que l’on pourrait croire, le freelancing n’est pas réservé aux moins de 30 ans.

La dernière étude publiée par Malt et le Boston Consulting group, qui analyse la situation des freelances en Europe en 2021, le confirme : l’âge moyen des freelances en France est aujourd’hui de 37 ans ! 

94 % des freelances ont déjà été salariés, pendant 5 ans en moyenne en France, et 9 ans en Allemagne.

Les travailleurs freelance sont donc en majorité des experts, qui ont fait leurs armes en entreprises avant de se lancer à leur compte.

Logique : vouloir devenir indépendant est aujourd’hui une des principales raisons pour lesquelles les salariés quittent leur job. C’est particulièrement vrai en France, car nous bénéficions d’une législation incitative (rupture conventionnelle, aides aux chômeurs…). Et c’est encore plus vrai depuis la crise du Covid-19 qui a amené nombre d’entre nous à réinterroger leur rapport au travail.

Les chiffres montrent donc qu’aujourd’hui, la plupart des freelances ont d’abord eu une expérience professionnelle avant de se lancer.

Mais une autre étude réalisée par 404Works sur les freelances français en 2020 apporte une nuance intéressante. Selon cette étude, le freelancing séduit majoritairement les salariés en début de carrière. Près de la moitié des freelances se sont lancés avec moins de 3 ans d’expérience !

Il y a encore seulement 2 ans, les chiffres n’étaient pas les mêmes. Est-ce qu’on ne serait pas en train d’assister à un rajeunissement de la population freelance ? 

Mais alors, comment réussir en freelance lorsqu’on a pas ou peu d’expérience professionnelle ?

J’ai rencontré 4 indépendants aux parcours différents. Chacun d’entre eux a partagé avec moi le rôle de ses expériences passées dans ses choix et ses réussites. Une mine d’or pour tous ceux qui hésitent et se demandent si le freelancing est fait pour eux !

Brice, 26 ans : il s’est lancé pendant ses études

Effectuer des missions en freelance quand on est étudiant, c’est très séduisant. C’est un moyen de financer ses études ou se faire de l’argent de poche, sans bouger de chez soi. Sauf qu’en plus de gagner de l’argent, on gagne en expérience professionnelle ! 

C’est le choix qu’a fait Brice Schwartz, alors qu’il était encore étudiant en master. Brice est copywriter, content strategist et rédacteur web. Il s’est lancé en freelance pour tester et découvrir ce statut, et puis pour financer ses études. Et il a attrapé le virus de l’indépendance, si bien qu’aujourd’hui, 4 ans plus tard, il est parfaitement épanoui dans son activité.

Pour Brice, le gros avantage du freelancing, c’est la liberté : on peut tester ce statut en même temps que ses études, qu’un stage ou une alternance. “La flexibilité est le maître mot, la liberté est absolue, parfois même trop : au départ, il y a plein d’aspects qu’on ignore (aussi bien au niveau administratif que personal branding), mais on apprend vite !”, rassure Brice. 

“Mais ce n’est pas fait pour tout le monde : il ne faut pas avoir peur de la solitude, l’autonomie est essentielle et il n’y a personne pour fixer des objectifs ou passer derrière le freelance.”

Brice a bien résumé le challenge essentiel pour les jeunes qui veulent cumuler études et freelancing : il faut apprendre par soi-même et savoir s’organiser.

“Je recommande le freelancing aux personnes qui veulent avancer seules, qui ont de l’ambition (construire un gros business, ou au contraire travailler moins) et qui savent s’auto-gérer.”

Ajoutons qu’un manque total d’expérience en entreprise reste un frein : si il n’a jamais été en CDI, Brice a effectué cinq stages, une alternance, des jobs étudiants et des jobs d’été.

Un vrai atout : car pour les étudiants qui n’ont jamais mis un pied en entreprise, le manque de culture business, la méconnaissance des outils et méthodes utilisés est un frein important. Sans parler du manque de légitimité et de confiance en soi, face à des clients qui parfois, sont expérimentés et exigeants.

Pierre, 26 ans : d’étudiant-entrepreneur à freelance en passant par un CDI

Lorsqu’il était étudiant (en double cursus ingénieur-manager), Pierre Facq a travaillé sur un projet d’application de détente. Il a bénéficié du statut d’étudiant-entrepreneur, et intégré l’incubateur de son école. Mais pour différentes raisons, il a finalement changé de cap. Il s’est ensuite lancé en freelance en tant que producteur de vidéos pour Youtube et Twitch. Quand on a goûté à l’entrepreneuriat, difficile de passer à autre chose !

Après quelques mois, il décide finalement d’accepter un CDI dans une ESN (Entreprise de Services Numériques). Il est resté pendant 1 an ½ mais l’appel de la liberté a finalement été plus fort. Il a donc décidé de se lancer comme développeur informatique en freelance.

“J’ai réalisé que le statut de freelance cochait beaucoup de cases pour moi : choix de mes missions, possibilité de prendre des pauses si saturation, possibilité de se former vers d’autres secteurs en parallèle, ne pas avoir à subir les choix d’une direction chancelante, possibilité de télétravailler davantage.”

Comme Pierre, beaucoup d’étudiants en grande école se lancent dans la création de startup, pour finalement se réorienter vers le freelancing. Créer une entreprise est une expérience très riche, qui permet de gagner vite en maturité sur de nombreux sujets.

“Mes projets entrepreneuriaux m’ont permis de me confronter au rythme de travail de l’indépendant, aux difficultés associées. Cela m’a permis d’être moins effrayé par l’administratif par exemple”, nous explique Pierre. 

Mais sans son expérience de développeur informatique en CDI, les choix de Pierre n’auraient sans doute pas été les mêmes.

“Mon expérience en CDI m’a apporté énormément en termes de compétences techniques. J’ai pu me faire la main sur des projets variés et j’ai surtout pu voir que les clients étaient satisfaits de mon travail. Ça m’a donné beaucoup de confiance dans ce que je pouvais réaliser. Sans ça, j’aurai sans doute craint de ne pas être assez bon pour vendre mes prestations au tarif actuel.”

Pour autant, il y a des avantages à le lancer lorsque l’on est encore jeune, et Pierre le résume très bien :

“Quand on sort des études, on est dans une période où on n’a pas un train de vie de dingue et où on a, en général, pas de contraintes familiales fortes. Entreprendre quand on a des enfants, je pense que c’est une difficulté supplémentaire.”

L’histoire de Pierre est intéressante car elle montre que tout expérience est bonne à prendre pour un jeune freelance, pas seulement le salariat. En l’occurrence, être passé par la création d’entreprise a finalement autant apporté à Pierre que son CDI !

Aurélien, 37 ans, freelance expérimenté et aspirant entrepreneur

Aurélien Caruel, Consultant technique web, s’est lancé à son compte après 4 ans de salariat sur différents postes : ingénieur, chef de projet informatique, responsable technique.

Pourquoi ce choix ?

“D’une part, j’avais besoin davantage de temps que les soirs et week end pour monter une startup dont l’idée me trottait dans la tête depuis quelques années. Et d’autre part, j’avais envie d’apporter plus de changements récurrents dans ma vie pro, je voulais sortir de la routine pour garder mon énergie.”

Pour Aurélien, le fait d’avoir travaillé en entreprise est un atout évident pour réussir en freelance.

“Même s’ il n’est pas nécessaire de passer par le salariat avant d’exercer le métier de freelance, je pense que c’est un atout pour comprendre le fonctionnement en interne de ses clients.”

“Les clients attendent de moi une compréhension quasi-instantanée de la hiérarchie en place, des us et coutumes internes, des enjeux business et politiques et de leurs visions. Sans mes passages en entreprise (notamment dans des grands groupes), il m’aurait fallu du temps pour trouver ma place. Passer par la case “salarié” permet également de se créer un carnet d’adresse réutilisable plus tard au moment de trouver ses premières missions. Pour les prospects, chaque expérience professionnelle compte, alors que les stages et autres projets d’étude sont malheureusement peu valorisés.”

Avec l’exemple d’Aurélien, on voit bien les nombreux avantages qu’offre l’expérience professionnelle pour un freelance :

  • Une connaissance du monde de l’entreprise,
  • Un réseau professionnel,
  • Des méthodes et des connaissances acquises sur le terrain et pas seulement à l’école
  • Une légitimité face aux prospects et clients.

Axelle, 36 ans : le freelancing pour faire évoluer son métier

On termine notre galerie de portraits avec Axelle Lenoury, Consultante en Stratégie Marketing Digital. Après 10 ans d’expérience professionnelle dans le marketing grand conso, Axelle a choisi de renforcer ses compétences, en suivant un master en management de la transformation digitale. C’est après ce master que le freelancing s’est imposé à elle.

“J’ai d’abord saisi une première opportunité de collaboration sans anticiper le futur. J’ai très rapidement pris goût à cette indépendance et à ce mode de fonctionnement. La liberté de partir d’une feuille blanche pour créer son offre, la diversité des missions, la richesse des apprentissages et la force du réseau m’ont séduite.”

Pour Axelle, l’expérience professionnelle n’est pas déterminante pour réussir en freelance.

“Le freelancing est souvent associé à la liberté, l’indépendance. En réalité, ce statut demande beaucoup de rigueur et d’organisation car vous êtes seul à bord et vous êtes le garant de la pérennité de votre business. Plus qu’une expérience de salariat, je pense qu’il est nécessaire d’avoir un état d’esprit entrepreneurial car on se rémunère à partir du moment où nous sommes payés par un nombre suffisant de clients.”

Pour autant, Axelle admet que son expérience professionnelle lui est utile. 

“Mon expérience de 10 années en tant que salariée m’a permis d’acquérir méthodes et process, très utiles pour structurer mon activité. Ce passage en entreprise m’a aussi permis de comprendre le fonctionnement interne d’une entreprise et son processus décisionnel afin d’identifier leurs besoins et les décisionnaires afin d’accélérer les phases de prospection.”

Mais Axelle en est persuadée : freelance, c’est avant tout un état d’esprit. Il faut être curieux, ouvert d’esprit, capable d’apprendre rapidement et de toucher à tout.

“Une dimension clef pour réussir en tant que freelance est le plaisir et la capacité à apprendre rapidement, à se former et faire évoluer ses pratiques et techniques. La polyvalence est aussi un réel atout car nous sommes exposés à la gestion de notre développement commercial, de notre personal branding, à la gestion de projet, à la production, à la gestion administrative…”

Junior ou senior : les qualités pour réussir en freelance

Si on résume les parcours de Brice, Pierre, Aurélien et Axelle, on se rend compte qu’il y a des similitudes malgré les différences. Ce qui compte le plus, ce n’est pas tant le nombre d’années passées en CDI, que la curiosité, la capacité à apprendre, et un certain état d’esprit entrepreneur. Et bien sûr, l’envie ! L’envie de liberté, d’être maître de ses choix, de son parcours : c’est le carburant numéro 1 pour nourrir votre réussite.

Claire Michard
Consultante et chef de projet freelance – Marketing et stratégie digitale

Freelance depuis 2017, je permets aux entreprises d’utiliser le digital pour développer et pérenniser leur activité. Stratégie marketing, rédaction de contenu, gestion de projet web, SEO ou CRM : j’interviens sur de nombreux sujets pour aider startups, entrepreneurs et indépendants à consolider leur business sereinement.

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