Freelances : les critères qui nous font choisir une mission9 minutes de lecture

Quand on est en position de choisir ses missions, quels critères sont les plus importants ? Spoiler alert, ça dépend de chacun, mais voici quelques pistes pour faire le tri.

Quand on démarre en freelance, et peut-être même pendant les quelques années qui suivent, on n’a pas toujours la possibilité de choisir ses missions. Il faut bien travailler, alors on dit oui à tout. Mais avec le temps, normalement, on a assez de contacts et d’expérience (et un taux journalier suffisant) pour se permettre de dire non à certains projets, et de choisir ceux qu’on a vraiment envie de faire. Quels sont alors les principaux critères à prendre en compte ? En voici quelques-uns, sans ordre particulier : leur hiérarchie dépendra toujours de vous, de votre personnalité, vos ambitions, vos besoins, le moment où vous en êtes dans votre carrière, etc.

L’argent

D’après une étude menée par Malt et le BCG sur le freelancing en Europe en 2021, pour 83 % des freelances, le tarif est déterminant dans le choix de leurs missions. Et selon une enquête menée par freelancermap, un taux horaire trop bas est la première cause de refus d’un projet par les freelances. C’est peut-être le critère le plus objectif, et en apparence le plus simple à évaluer : combien ce client se propose-t-il de vous payer ? Est-ce que cela colle avec votre tarif journalier moyen ?

Mais le sujet peut être plus complexe qu’il n’y paraît. D’abord, quand les contours de la mission sont flous, quand la durée effective de travail qu’elle vous prendra est difficile à évaluer, il peut être dur de savoir si vous vous y retrouverez. Attention donc à bien border le cadre de la mission, le nombre d’allers-retours, le nombre d’interlocuteurs, les livrables, etc.

Ensuite, vous pouvez décider d’accepter une mission moins bien rémunérée, pour un tas de raisons : le projet a une importance personnelle pour vous, il vous permet de mettre le pied chez un nouveau client ou dans un autre secteur, il peut mener à d’autres opportunités, etc. On rappellera tout de même que sur le long terme, il n’est bon ni pour vous ni pour les autres travailleurs indépendants de trop se brader. D’ailleurs, toujours selon l’étude de Malt et le BCG, les freelances qui travaillent le plus et le mieux sont les plus chers : “un prix plus élevé dégage une certaine autorité et attire les clients qui recherchent de la qualité.”

La fréquence de la mission

Pour un freelance, on l’a déjà écrit ici et , trouver des sources de revenus réguliers, c’est un peu le Graal. Donc quand un potentiel client arrive avec un projet récurrent, même s’il est petit ou pas tout à fait assez payé, cela peut suffire à convaincre. (C’est d’ailleurs une pratique assez courante de baisser les tarifs quand on sait que la mission va être régulière.)

À l’inverse, vous pouvez avoir envie ou besoin d’un gros projet ponctuel, pour renflouer vos caisses, acquérir de nouvelles compétences ou commencer à pivoter. Dans ce cas, un one-shot d’envergure sera peut-être plus intéressant pour vous. De toutes manières, les projets ponctuels comme réguliers ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients : ce qui est important, c’est ce qui marche pour vous.

Le client

Dans certains cas, le client peut être la motivation principale — c’est le cas pour 72 % des freelances interrogés par Malt et le BCG. Par exemple, s’il est prestigieux et vous permettra de rajouter une super ligne à votre CV (attention toutefois s’il en a trop conscience : un client ne vous fait pas une fleur en vous faisant travailler !), s’il travaille sur des sujets qui vous passionnent, ou s’il est tout simplement très sympa. Comme nous l’expliquait Florence, illustratrice, dans cet article, le premier confinement lui a appris “à aller vers des gens dont je me sens proche”, à nouer des relations professionnelles animées par des “moteurs sincères”. Un nouveau client, c’est aussi un nouveau partenaire potentiel, sur le moyen ou le long terme. Si on aime travailler ensemble, c’est toujours un peu mieux.

Mais comment évaluer cette entente ? Au-delà du feeling que vous sentirez ou non, il peut être utile de participer à une réunion d’équipe pour vous faire une idée de l’ambiance et de demander en amont à rencontrer quels seront vos contacts privilégiés. Faites attention aussi aux signaux périphériques, à la manière dont la personne formule ses mails, dont elle parle à ses collaborateurs. Bien sûr, on n’est jamais à l’abri d’une mauvaise surprise : j’ai eu un jour une cliente sympathique mais qui me traitait comme si j’étais sa subordonnée et me téléphonait les soirs et les week-ends. On n’a évidemment pas retravaillé ensemble.

Le sujet

Le sujet de la mission est, pour 82% des freelances qui ont participé à l’enquête de Malt et la BCG, un facteur décisif. Et c’est vrai que c’est le grand avantage d’une carrière de freelance bien lancée : on est en mesure aussi de choisir des projets qui nous passionnent, sur lesquels on peut apporter une vraie expertise. Pour moi, c’est souvent un critère important : si je sais que je peux le faire, que je peux le faire bien et y apporter quelque chose en plus, j’ai généralement envie de dire oui.

Dans l’étude de freelancermap, 83 % des répondants estiment d’ailleurs que l’expertise est la chose la plus importante pour réussir en tant que freelance. Et pour 74 %, le projet parfait est celui qui colle exactement à leurs compétences.

L’opportunité d’apprendre

Mais à l’inverse, l’opportunité d’apprendre de nouvelles choses peut aussi être un moteur très puissant. C’est un critère central dans mon métier de rédactrice et journaliste : généralement, quand on me demande d’écrire sur un sujet que je ne connais que peu, je suis très motivée par l’idée que je vais apprendre plein de choses, et devoir les restituer dans un article que j’espère agréable et instructif. 

Mais un projet peut aussi être l’occasion d’acquérir une nouvelle compétence : apprendre à utiliser un logiciel ou un outil, à coordonner une petite équipe, à travailler avec des métiers différents. Attention tout de même à ne pas vous embarquer dans un projet où la courbe d’apprentissage serait trop raide, ni à promettre un livrable qui exige des compétences que vous n’avez pas encore acquises. Ou si c’est le cas, soyez très transparent en amont avec votre client — et ayez peut-être un ami freelance sous la main à qui donner cette partie du travail si vous ne vous en sortez pas.

La mission “pivot-friendly”

L’étape au-delà, c’est de sélectionner des missions qui faciliteront votre pivot vers un autre métier ou secteur d’activité. Pivoter, quand on est free, c’est “se déplacer latéralement vers un espace où il y a davantage de potentiel de croissance et de revenus. Ce n’est pas une complète transformation du business, ni un abandon, mais un mouvement latéral souvent causé par la nécessité”, explique le site Invoice Ninja. L’année 2020 et la crise du coronavirus ont poussé de nombreux freelances à pivoter, comme l’écrit Maddyness UK.

Il y a différentes manières de pivoter, et donc différents critères pour choisir les missions qui vous y aideront. Voulez-vous acquérir de nouvelles compétences ou, au contraire, vous spécialiser dans une niche encore plus précise ? Exercer le même métier mais dans un secteur d’activité différent ? Transmettre vos compétences sous forme de coaching, d’une newsletter, d’un podcast ? Créer des produits (livres, tutoriels, cours en ligne) qui vous assurent un revenu régulier complémentaire ? Les réponses à toutes ces questions peuvent vous aider à identifier le client ou la mission qui vous permettra de pivoter dans la bonne direction.

 

Photo de couverture Victoriano Izquierdo

Philothée Gaymard
Journaliste indépendante

Je suis journaliste et rédactrice freelance depuis tout début 2015, après quatre ans passés chez Usbek & Rica. J’écris sur le genre, l’innovation, le développement durable et parfois un mélange de tout ça.

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