Les freelances et la Passion Economy9 minutes de lecture

Vivre de sa passion, voici une bonne raison de tenter l’aventure freelance. C’est en tout cas l’une des raisons les plus souvent données par les freelances interrogés sur leurs motivations.

Si cet idéal ne représente qu’une réalité encore marginale chez des travailleurs indépendants souvent moins libres qu’on aimerait le croire, il n’en reste pas moins que de nouveaux modèles économiques commencent à prendre forme : des modèles où une personne seule peut générer des milliers d’euros de revenus mensuel “simplement” en partageant sa passion avec une communauté d’autres passionnés.

Ces influenceurs nouvelle génération ne comptent pas sur la pub pour monétiser leur audience comme c’était le cas il y a une dizaine d’années, leurs revenus viennent directement de leur audience, que cela soit sous forme de ventes de contenu premium, d’abonnements ou de donations.

Ils ou elles sont prof de yoga, passionnés d’échec, créateurs de gâteau d’anniversaires extraordinaire, fans de plantes d’intérieur, pilotes de drones, amateur de trading, musiciens, illustrateurs…

Passion Economy vs Gig Economy

Dès lors qu’on parle de travailleurs indépendants ou de freelances chacun a sa petite idée sur la question : précarisation déguisée pour certains, émancipation providentielle pour d’autres… le débat fait rage !

“Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde”, disait Camus… Voilà bien le problème, ces mots vagues d’indépendant et de freelance ne permettent pas de rendre compte la diversité des réalités qu’ils recouvrent. D’où ces malentendus et ces prises de bec sans objets.

La Passion Economy comme la Gig Economy repose sur des indépendants, mais c’est à peu près tout ce qui les rassemble. Elles sont les pôles opposés de l’indépendance.

D’un côté, des indépendants standardisés et interchangeable sans lien réel avec leurs clients (chauffeur Uber, livreur Deliveroo…), de l’autre, des personnalités uniques fédérant un public de passionnés autour d’activités créatives.

Pour les indépendants de la Gig Economy, il n’y a pas 36 moyens d’augmenter ses revenus : pour gagner plus, il faut travailler plus…

Les indépendants de la Passion Economy ont d’autres leviers : pour gagner plus il doivent faire grandir leur audience et enrichir leurs offres de services. Bien entendu, tout cela prends du temps, mais une fois la masse critique atteinte (qui n’a pas forcément besoin d’être de 10M de personnes ; 100 vrais fans peuvent suffire à vivre très confortablement) et les offres en ligne, le revenus n’est plus fonction du temps passé mais du nombre d’acheteurs ou de soutiens.

Les indépendants de la Passion Economy se constituent un capital (réputation, communauté, catalogue de services, créations disponibles…) grâce auquel ils dégagent des revenus. À l’inverse, les travailleurs indépendants de la Gig Economy restent dépendants des heures consacrées à leur travail.

Source : a16z

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Les outils de la Passion Economy

L’épanouissement des réseaux sociaux a permis à des individus de se constituer une audience autour de leurs centres d’intérêt et expertises. De nouvelles communautés d’intérêt ont pu s’organiser rapidement et efficacement. Ces influenceurs ont pu générer des revenus grâce à la publicité, à l’affiliation et à toutes sortes partenariat avec des marques. C’était le business model par défaut des influenceurs du début des années 2010. 

Mais cela est en train de changer : les créateurs de contenu créatifs et pédagogiques commencent maintenant à gagner leur vie directement grâce à leur audience sans avoir à se lier avec des marques tierces. Cela est rendu possible par de nouveaux outils.

Le boom des formations en ligne

C’est le segment le plus dynamique de la Passion Economy. Des “infopreneurs comme on les appelle parfois, vendent des formations en ligne sur des sujets aussi bien pro que perso : apprendre à faire un podcast, maîtriser l’email marketing, devenir un blogueur pro, écrire un court-métrage, prendre de nouvelles habitudes, apprendre à dessiner, faire décoller son activité de freelance, lancer un cours en ligne…

Sur Podia, l’une des grandes plateformes de cours en ligne, le nombre de créateurs gagnant plus de $1,000 par mois augmente de 20% par mois (avec une augmentation moyenne de 10% du nombre de clients par créateur).

Sur Teachable, le prix moyen d’un cours en ligne a augmenté de 20% par an. En 2019, on comptait quasiment 500 profs faisant plus de $100,000 par an.

Les secteurs de la formation professionnelle, de la santée / bien-être et du développement personnel sont les plus dynamiques. Les Américains dépensent 130 milliards de dollars par an pour l’éducation en ligne, 32 milliards pour la santée / bien-être et 10 milliards pour le développement personnel.

70% des millennials utilisent les plateformes en ligne pour acquérir de nouvelles compétences. 

Si vous envisagez de proposer une formation en ligne, vous pouvez aussi jeter un œil à Udemy, Kajabi et Skillshare.

Le cas des newsletters payantes

Depuis un an, on voit de plus en plus de personnes proposant des newsletters payantes.

Les deux principaux outils de newsletter payantes sont Substack et Ghost.

Substack est plutôt destiné aux écrivains / journalistes, mais propose en mode beta un service pour les podcasters. Ghost s’adresse à la fois aux producteurs de contenu écrit, audio et vidéo.

En terme de sujet, c’est très varié : vous trouverez des newsletters dédiés aux parents, aux fans de basketball, aux questions politiques et technologiques… Des newsletters qui parlent d’histoire, du changement climatique, de la Chine…

Si vous pensez avoir quelque chose à apporter sur un sujet particulier, par les connaissances que vous avez, par l’angle par lequel vous souhaitez l’aborder, ou par l’originalité de votre style, c’est peut-être le moment de vous lancer…

Une nouvelle forme de mécénat

Vous connaissez tous le crowdfunding. De nombreux créateurs y ont eu recours pour financer un album, une BD, un jeu de société… Des plateformes comme Kickstarter aux États-Unis, Ulule et KissKissBankBank en France, on permis à de nombreux créatifs de financer leurs projets. Ce mode de financement colle bien avec les besoins spécifiques d’une création ou d’un lancement one-shot et peut servir de rampe de lancement à des projets qui rejoindront ensuite les circuits traditionnels, mais un créateur ne peux pas compter dessus pour vivre de son art sur le long terme.

C’est à ce problème que s’attaque Patreon.

Sur Patreon, des artistes peuvent se faire financer de manière durable par leurs fans qui acceptent de leur verser une certaine somme tous les mois (à partir de $5 par mois).

Cela offre une véritable stabilité aux artistes qui peuvent alors se concentrer à 100% sur leur travail au lieu de multiplier les petits jobs à côté de leur travail-passion.

La logique n’est pas exactement la même que sur les plateformes de cours en ligne type Teachable et Podia où les gens viennent par intérêt personnel ou professionnel pour acquérir des compétences ; sur Patreon, on est plus sur une logique de mécénat (patron est le mot anglais pour mécène) même si les artistes proposent systématiquement des contreparties à leurs mécènes (contenu exclusif, invitation, behind the scene…).

Ces deux dernières années, le montant moyen de donation sur Patreon a augmenté de 22% et le nombre de mécène payant plus de $100 par mois a augmenté de 21%.

Patreon a permis de collecter plus d’un milliard de dollars depuis sa création il y a 7 ans. La moitié de cette somme ayant été générée sur la dernière année d’activité selon le Sam Yam, le patron de Patreon… Ce n’est que le début…

Photo de couverture : Austin Anderson

Antoine van den Broek
Rédacteur en chef d’Amédée

Indépendant, frère-fondateur de Mutinerie, penseur, acteur et témoin des nouvelles formes de travail, passionné par le développement de communautés, j’aime faire des rencontres et raconter des histoires, deux activités auxquelles je peux me livrer par la grâce d’Amédée

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