L’amour en freelance, ça ressemble à quoi ?7 minutes de lecture

La vie amoureuse en freelance, c’est comment ? Plus libre et spontané ? Ou plus pollué par le stress et l’instabilité ? Et qu’est-ce qui se passe quand le free se met en couple avec un autre free ? Et avec un salarié ? Amédée a voulu explorer cet angle méconnu du quotidien des freelances : leur vie amoureuse.

LE FREELANCE CÉLIBATAIRE

Où se rencontrer ?

Pour le ou la freelance sans attaches qui souhaiterait faire des rencontres, le mode de vie indépendant n’est pas forcément le plus propice. En effet, d’après une enquête de l’Ined, le bureau est un haut lieu de rencontres amoureuses, devant les soirées entre amis, les lieux publics, l’espace domestique et les sites Internet. Selon une étude de la société Monster, 30 % des couples français se sont formés sur le lieu de travail et un Français sur 4 est déjà tombé amoureux d’un collègue. Mais quand on est free et qu’on bosse tout seul dans son salon, on fait quoi ? Bonne nouvelle, le coworking est aussi très propice aux rencontres : un sondage mené en 2014 auprès de 250 espaces de coworking français révélait que 28% d’entre eux avaient vu des couples s’y former. On peut aussi trouver l’amour (ou un compagnon de passage) au cours d’une retraite workation dans un endroit propice au rapprochement, ou rejoindre un collectif de freelances qui partagent les mêmes préoccupations et intérêts.

Être freelance aide-t-il à séduire ?

En France, notre identité est souvent fortement liée à notre activité professionnelle : c’est l’une des premières choses que l’on dit de soi, c’est le premier outil qu’ont les autres pour se faire une idée de nous. C’est particulièrement vrai dans certains milieux et catégories socio-professionnelles, notamment dans les industries intellectuelles et créatives. Dans ce monde-là, être freelance peut être assez séduisant aux yeux des autres : cela implique que l’on fait ce que l’on aime, que l’on a le goût de l’indépendance et du risque, qu’on a peut-être aussi moins peur de la vulnérabilité, de développer certaines facettes de notre personnalité. Être freelance peut être vu comme une forme d’idéalisme. Gare toutefois à ne pas trop romantiser les choses. D’abord, de nombreux freelances ne le sont pas par choix : près de 30 % des travailleurs indépendants aux États-Unis ont été poussés dans cette voix par un marché du travail bouché ou des difficultés financières, selon une enquête menée par McKinsey en 2016. Et puis on peut être passionné, idéaliste, enthousiaste et aventureux quand on est salarié aussi !

LE FREELANCE AMOUREUX

La vie amoureuse du freelance est-elle plus spontanée ?

Pas d’horaires fixes, pas de métro-boulot-dodo, pas de jours de congés à poser… La flexibilité du freelance lui permet aussi d’avoir une vie amoureuse et relationnelle plus spontanée : sauter dans un train à l’improviste, passer une journée entière à flâner, se coucher tard sans se lever tôt rendent la découverte de l’autre peut-être plus facile que quand on doit s’organiser pour se voir exclusivement après le boulot. Comme le dit le photographe Evan Robinson dans un article (en anglais) sur la vie amoureuse des free, “la liberté du freelancing, être la personne qui a assez d’indépendance pour pouvoir dire oui à un déjeuner à la dernière minute ou même à un voyage à l’étranger, ça aide à gérer le stress et l’incertitude de la vie de freelance.” Comme si cette vie peu stable nous rendait aussi plus aventureux.

Bien sûr, tout n’est pas tout rose : le même Evan Robinson, contraint de beaucoup voyager pour son travail, regrette de devoir manquer des moments importants dans la vie de ceux qu’il aime à cause d’un shooting. “Mais avoir la flexibilité de pouvoir planifier une aventure spontanée en plein milieu de la semaine pour quelqu’un qui compte pour moi, c’est un avantage énorme.”

Les freelances sont-ils plus volages ou plus stables que les autres ?

Évidemment, il n’y a pas de statistiques sur la stabilité des relations des freelances. Ils pourraient être plus volages, profitant des rencontres que peut apporter une vie parfois nomade, ou au contraire rechercher la stabilité pour contrebalancer les incertitudes. Mais ce qui est sûr, c’est que ce mode de travail et de vie doit être compris par ceux qui croisent nos routes. L’illustratrice Meagan Morrison est formelle : “Je ne pense pas que je pourrais fréquenter quelqu’un qui ne comprenne pas intrinsèquement ce que je fais et ce que c’est d’aimer son métier.” Pour le photographe Evan Robinson, le bon partenaire est quelqu’un qui arrive à composer avec les obligations de sa vie professionnelle : “L’autre peut voir vos voyages comme une opportunité pour exprimer son indépendance et se développer personnellement, ou alors il peut l’interpréter comme une fuite à un moment où il a besoin de vous. Souvent, la vérité est quelque part entre les deux.”

LE FREELANCE EN COUPLE

Les couples freelance + freelance : la liberté partagée

Ce qui nous mène à la vie de couple des freelances qui sont dans une relation de long terme. Souvent, on voit des couples free + free, qui par définition comprennent les hauts et les bas de la vie professionnelle de l’autre. C’est mon cas, et ça permet plein de choses super, comme de partir à deux voyager et travailler pendant plusieurs mois, se refiler mutuellement des missions pour boucler un mois un peu raide, faire des journées buissonnières en pleine semaine, et puis bien sûr parler de son travail avec quelqu’un qui en comprend les ressorts. C’est ce qu’apprécie aussi la designer Michelle Buchner, dont le mari fait le même métier : “Nous comprenons totalement l’esprit créatif et le processus de l’autre”, explique-t-elle. Quand on est, comme moi, deux freelances dans le même appartement, il y a aussi l’avantage d’avoir une sorte d’espace de coworking à soi, qui aide à se sentir moins seule dans le travail : on se retrouve pour les pauses café et pour faire le déjeuner, parfois on va bosser au café du coin ensemble ou séparément, et la routine de travail devient une chose que l’on partage.

Les couple freelance + salarié : la liberté et la sécurité en partage

Le cas de figure dont on parle moins souvent, c’est celui du freelance en couple avec un salarié. Ils sont pourtant nombreux : entre 1992 et 2013, la part des couples freelance-salarié est passée de 40 % à 52 % au sein des ménages comprenant un travailleur non salarié. Pour ceux-là, il faut composer un peu plus entre la flexibilité et l’instabilité d’un côté, et la sécurité et les contraintes de l’autre. Pour Suzanne, rédactrice freelance dont la compagne est salariée d’une grande boîte, la stabilité financière de cette dernière est rassurante ; elle sait pouvoir compter sur elle dans les moments où son compte en banque est à marée basse. C’est aussi ce que raconte Alice Webb-Liddall dans un article consacré à l’argent dans le couple : “C’est agréable d’être avec quelqu’un qui est salarié à temps plein quand moi je suis freelance ; si j’ai un peu moins de travail une semaine, je sais que je n’aurai pas à manger des nouilles à tous les repas.” 

La contrepartie, c’est que le rythme quotidien est très différent. Suzanne doit souvent renoncer à assister à des événements amicaux ou familiaux avec sa compagne parce que celle-ci ne peut pas quitter le bureau. Pas non plus de digital nomadisme à l’autre bout du monde, ni de pauses cafés impromptues ou d’escapades en milieu de semaine. Mais cette stabilité “forcée” est aussi celle à laquelle aspirent nombre de freelances : ce n’est pas parce qu’on est travailleur indépendant qu’on ressent en permanence l’appel du large. Et être à son compte, c’est aussi parfois un gage de bien-être personnel. Comme le raconte la designer Dena Cooper, quitter le salariat pour lancer sa propre activité a largement réduit le niveau de stress qui pesait sur sa relation : “avoir un contrôle créatif total m’apporte un apaisement que je n’aurais jamais pu avoir dans un poste salarié.” Plus d’instabilité oui, mais pas forcément plus de stress dans le couple.

Philothée Gaymard
Journaliste indépendante

Je suis journaliste et rédactrice freelance depuis tout début 2015, après quatre ans passés chez Usbek & Rica. J’écris sur le genre, l’innovation, le développement durable et parfois un mélange de tout ça.

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