Le freelancing contre les nouveaux troubles psychosociaux ?11 minutes de lecture

Le travail est en perpétuelle évolution. Ainsi, de nouvelles formes d’organisations du travail émergent pour proposer une alternative au salariat.  Il en existe aujourd’hui une multitude. Et parmi elle : le freelancing !

Article rédigé par Sabrina Boultache, psychologue du travail et ergonome, qui nous livre son analyse sur les nouvelles organisations du travail, notamment au sujet du freelancing.

Comment expliquer notre intérêt ou appétence pour telle ou telle organisation et mode de travail ?

Parmi les nombreuses raisons susceptibles d’expliquer notre attrait pour une forme d’organisation du travail, et hormis les occasions professionnelles que nous pouvons rencontrer, on retrouve la notion de variabilité inter-individuelle.

La variabilité inter-individuelle existe dans tous dans les domaines de la vie. Il s’agit par exemple de la différence entre les individus, comme l’âge, le sexe, la taille, etc… 

Mais aussi de la différence de métiers, de statuts, de rémunération, d’ambitions professionnelles et même des attentes des individus face à leur choix de carrière.

Certaines de ces différences peuvent expliquer le fait qu’un individu choisisse une organisation du travail plutôt qu’une autre.

Face à ça, au sein de chacune de ces organisations, la recherche du bien-être au travail est devenue un pilier de réflexion sur lequel s’attardent beaucoup d’entreprises.

C’est la raison d’être de l’ergonomie, où nous voyons fréquemment émerger dans ces entreprises des démarches de « qualité de vie au travail », dans le but d’améliorer les conditions de travail des salariés.

Et dans cette optique de recherche du bien-être au travail,  certaines d’entre elles tendent vers une organisation du travail dite flexible : aménagement des horaires, mise en place du flex-office, mise en œuvre réelle du télétravail.

Dans ce cadre, la notion de bien-être au travail est associée à la notion de confort à travers l’aménagement d’espaces de convivialité : salle de sport ou de jeux, espaces de détente, espaces d’échanges, etc.

Toutefois, malgré ces évolutions qui tentent de satisfaire les salariés, il arrive que la culture de l’entreprise ainsi que les valeurs diffusées par celle-ci ne soient pas partagées par l’ensemble des collaborateurs. De ce fait, pour certains individus, le salariat est vécu comme étant une contrainte. Pour ces personnes, une exposition plus ou moins longue au salariat est susceptible d’engendrer des troubles psycho sociaux (TPS).

Cela nous amène à  penser que le concept de bien-être au travail devrait donc être davantage perçu comme un élément de prévention des risques psychosociaux plutôt qu’un élément de confort.

 

Les Troubles Psychosociaux : de quoi parle-t-on ?

Afin d’être le plus claire possible, nous retiendrons la définition, au sens strict, de Sandro de Gasparo et de Laurent Van Belleghem pour définir les troubles psycho- sociaux.

Celle-ci consiste à définir ces troubles comme étant des atteintes sur la santé physique, mentale, et psychique des individus du fait du travail.

De manière générale, les manifestations de ces troubles s’expriment par un état de grande fatigue, d’un sentiment de stress évolutif , des troubles musculo-squelettiques, des troubles digestifs et/ou cardiaques, etc.…et sont graduables, pouvant aller vers un épuisement professionnel (burnout), une perte de sens du travail, voir quand la situation perdure et s’aggrave vers une dépression.

Dû aux mutations du travail engendrant des dysfonctionnements dans les organisations, de nouveaux troubles psychosociaux font leur apparition : l’ennui professionnel profond (bore out), et le désengagement de l’individu au travail (brown out).

De nombreux facteurs de risque peuvent expliquer l’apparition de ces troubles :

  •     une possibilité d’autonomie réduite,
  •     des marges de manœuvres limitées,
  •     des exigences du travail fortes,
  •     une articulation vie privée/vie professionnelle compliquée,…

MAIS aussi le sentiment que le travail et les efforts fournis ne sont pas estimés à leurs justes valeurs (déséquilibre dans processus de rétribution/ contribution) qui traduit un sentiment de manque de reconnaissance.

L’absentéisme et le présentéisme : de réels indicateurs de dysfonctionnements

Nous connaissons déjà la notion d’absentéisme que l’agence Nationale de l’Amélioration des Conditions de Travail (ANACT) définit comme « toute absence qui aurait pu être évitée par une prévention suffisamment précoce des facteurs de dégradations des conditions de travail entendus au sens large : les ambiances physiques mais aussi l’organisation du travail, la qualité de la relation d’emploi, la conciliation des temps professionnel et privé, etc. ».

 L’absentéisme représente un des indicateurs de santé les plus utilisés pour évaluer l’état de santé des salariés,  mais aussi celle des entreprises.

A contrario, le présentéisme, quant à lui, peut se définir comme une présence excessive sur son lieu de travail, bien que l’état de santé physique ou mental du travailleur ne lui permette pas d’être productif ! (Source INRS).

En réalité, les causes du présentéisme sont multiples et variées. Néanmoins, bien souvent le présentéisme est réalisé pour répondre à une charge de travail importante sous contrainte de temps. Le travailleur va réaliser de nombreuses heures supplémentaires, travailler le weekend end pour réduire sa charge de travail.  Cette forme de présentéisme est révélatrice d’un dysfonctionnement au sein de l’organisation.

Le présentéisme peut aussi répondre à une culture d’entreprise qui prône le fait de passer un temps considérable au travail.

Ce type de présentéisme est identifié principalement chez les cadres. Il s’agit ici d’une forme de compétition entre les salariés, ou le fait de réaliser des heures supplémentaires, travailler le week-end, pourrait être synonyme de réussite et de performance. Dans un besoin de reconnaissance, le travailleur s’épuise au travail en se rendant sur son lieu de travail même s’il est malade afin d’ « être bien vu », d’être perçu comme un « bon travailleur ». 

Cette forme de présentéisme est révélatrice non seulement du rapport qu’entretiennent les Français avec le travail, mais aussi d’une culture du travail où en France, il est mal vu de s’absenter régulièrement, de débaucher avant une heure déterminée, etc.

A contrario, dans d’autres pays comme le Québec ou encore les Etats-Unis, le fait de passer un temps considérable au travail est synonyme de manque d’organisation.

Le présentéisme peut également se manifester sous une autre forme, qui consiste à se rendre sur son lieu de travail sans pour autant être efficace. Cette forme met en évidence une démotivation de la part du collaborateur. Ici, plusieurs causes peuvent expliquer ce phénomène : une charge de travail trop importante, des tâches qui ne suscitent pas un grand intérêt ou encore une perte de sens du travail.

Notons que le  présentéisme étant souvent déployé pour faire face à un état de mal- être au travail, un présentéisme accru peut être un signe avant-coureur de l’absentéisme.

Aussi, suite à d’une détérioration des conditions de travail (surcharge de travail, manque de reconnaissance, pression temporelle, etc), l’absentéisme peut être la manifestation d’une perte de sens du travail.  

Le sens du travail : de quoi s’agit-il ? Comment le déterminer ?

Le sens du travail est une notion subjective. Encore une fois, la variabilité interindividuelle joue un rôle. En effet, selon l’âge, la culture, la profession exercée, les attentes, le sens du travail va être différent selon les individus.

Alors qu’auparavant, travailler était principalement perçu majoritairement et uniquement comme un moyen de gagner sa vie, aujourd’hui l’Homme au travail est d’avantage à la recherche d’autonomie, d’intérêt des missions, de créativité, de reconnaissance, de perspectives d’évolution, etc.

Afin de pouvoir trouver le sens de son travail, celui-ci va devoir s’interroger non seulement sur les conditions de travail mais aussi sur le contenu du travail : pourquoi réaliser ces tâches ? Quels sont les objectifs ? Pour quels résultats ? Mes conditions de travail me procurent-elles satisfaction et me permettent elles de m’épanouir ? Quelles sont mes perspectives d’évolution professionnelle ?

Dans quelle mesure le freelancing  peut-il réduire l’apparition de troubles psychosociaux ?

Admettons-le, il est difficile d’éviter l’apparition de tout trouble psychosocial, et cela quel que soit l’organisation du travail.

Toutefois, face au salariat, le freelancing présente certains atouts susceptibles de limiter l’apparition de troubles psychosociaux.

Une totale autonomie dans l’organisation de son travail. En tant que salarié, il est parfois compliqué de pouvoir agir sur l’organisation de son travail : horaires de travail déterminés, environnement de travail défini (qui peut être éloigné du lieu du domicile), l’intensification du travail et la pressurisation temporelle pour réaliser certaines tâches, marges de manœuvre réduites, difficultés à concilier vie privée/ vie professionnelle, etc…

Aussi, dans une optique de réduction des coûts et d’optimisation des espaces, de plus en plus d’organisations tendent vers la mise en place de bureaux paysagers (open-space). Ces environnements de travail, souvent perçus par les salariés  comme bruyants, peuvent potentiellement engendrer des troubles de la concentration.

Autant d’éléments pouvant être facteurs de stress au travail en engendrant une charge mentale conséquente.

Le freelancing offre la possibilité à l’individu d’agir sur son travail, d’aménager son temps de travail selon ses envies, mais aussi selon ses impératifs !

Le travailleur indépendant n’est plus contraint de réaliser des horaires de bureau et n’est plus confronté aux contraintes environnementales et temporelles qu’impose le salariat.

Le freelancing permet également de choisir (la plupart du temps) son environnement de travail, selon ses besoins (télétravail, espaces de coworking, etc…).

Les conditions de travail imposées étant facteur de stress, nous pouvons penser que le fait de posséder une totale autonomie sur l’organisation de son travail et de pouvoir agir directement sur ses conditions de travail atténue celui-ci. 

Si les tâches inhérentes à la vie de l’indépendant, ainsi que la fluctuation des revenus sont à eux seuls générateurs de stress, des solutions qui offrent aux freelances la possibilité de cotiser au chômage et à la retraite tout en déléguant l’ensemble des tâches administratives à un tiers, comme le permet le portage salarial, permet à plus d’un de sauter le pas.

Le freelancing signe la fin du Bore out et du brown out !

Travailler en tant qu’indépendant offre la possibilité de choisir son secteur d’activité et ses missions. Libre choix au travailleur indépendant de s’engager sur de longs projets auprès de ses clients, ou bien de choisir des missions de courtes durées afin de varier ses missions. 

Cette organisation permet de satisfaire
un besoin de créativité qui est parfois difficile à obtenir en tant que salarié.

Par ailleurs, confronté à la diversité de ses missions, le collaborateur est amené à développer des compétences diversifiées, lui permettant d’évoluer et suscite l’intérêt de se former tout au long de son parcours car les missions évoluent.

De ce fait, le travailleur ayant retrouvé un sens à son travail, l’ennui au travail n’est plus qu’un mauvais souvenir !

Sabrina Boultache
Ergonome – Psychologue du travail

Titulaire d’un Master en Psychologie du Travail et en Ergonomie à l’université Paris Ouest, j’exerce en tant qu’Ergonome depuis 6 ans. De manière générale, mon activité consiste à préserver la santé des collaborateurs et entreprises pour améliorer les conditions de travail.

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