Profiter d’une période de chômage pour se lancer en freelance : le guide complet20 minutes de lecture

C’est un des sujets les plus discutés par les futurs freelances : Comment créer son activité en étant au chômage ? Peut-on cumuler indemnités Pôle Emploi et chiffre d’affaires ?  ACRE, ARE, ACCRE, ARCE, NACRE : quelles sont les aides, comment savoir si on y a droit ? Autoentrepreneur, EURL, SASU, portage : quel statut choisir ?

Je suis passée par là, et j’ai mis du temps à comprendre les subtilités administratives et à réunir toutes les informations ! Alors je me suis fixé un objectif : rédiger le guide le plus complet pour les chômeurs qui rêvent de freelancing.

=> Pourquoi se lancer en freelance quand on est au chômage ?
=> Quelles sont les aides pour les chômeurs qui créent leur entreprise ?
=> Cumuler indemnités chômage et revenus d’activités

Pourquoi se lancer en freelance quand on est au chômage ?

De plus en plus de freelances profitent d’une période de chômage pour se lancer. 

Cela peut venir d’un désir de liberté, après une longue période de salariat. On n’a plus envie d’aller tous les jours au bureau, de respecter les horaires de travail imposés, de devoir rendre des comptes à un chef ou de supporter ses collègues. Après quelques années (ou plus) d’expérience professionnelle, on se sent suffisamment compétent pour proposer ses services et on se dit : indépendant, pourquoi pas ?

Le choix du freelancing peut aussi être économique : quand on ne reçoit pas de réponse à ses candidatures, quand on se fait toujours recaler aux entretiens, au bout d’un moment la peur se fait sentir. D’autant plus en période de crise, quand les entreprises licencient et que les recrutements sont reportés. 

Sans parler de l’ennui qui toque à la porte au bout de quelques mois d’inactivité. Quand arrive l’overdose de Netflix, de jeux vidéos et sport, on se dit : et si je cherchais une petite mission ?

Quelle que soit la situation, le chômage est une période propice pour se lancer dans le freelancing ou l’entrepreneuriat, car c’est une période où l’on a du temps : pour réfléchir à ce que l’on souhaite faire, pour se renseigner, tester, contacter des gens. 

Et la cerise sur le gâteau, c’est que le chômage ouvre la porte à des aides bien utiles pour se lancer en limitant les risques.

Que vous soyez indemnisé par Pôle Emploi ou pas, quel que soit votre activité : le statut de chômeur offre des avantages considérables pour vous lancer ! 

A titre personnel, j’ai créé mon statut d’autoentrepreneur en 2017, quelques mois après avoir signé une rupture conventionnelle avec mon employeur. J’ai exploré les méandres des aides disponibles, discuté avec des conseillers Pôle Emploi, pris le temps de faire toutes les simulations pour choisir le bon statut : maintenant, je vous fais profiter de toutes mes recherches avec cet article !

Quelles sont les aides pour les chômeurs qui créent leur entreprise ?

ARE, ARCE, ACCRE, ACRE, NACRE… On dirait que nos administrations font exprès de nous embrouiller la tête avec tous ces acronymes qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau. A propos d’eau, j’ai moi aussi versé pas mal de gouttes de sueur pour comprendre toutes ces subtilités lorsque je me suis lancée. Je vais vous expliquer ENFIN de quoi il en retourne.

L’ARE – Aide au Retour à l’Emploi

C’est votre indemnité chômage. Retenez bien cet acronyme car je vais souvent l’utiliser dans cet article.

Comme vous le savez sans doute, votre ARE est calculée en fonction des salaires moyens perçus l’année précédant votre inscription à Pôle Emploi.

Pour calculer votre ARE, Pôle Emploi prend en compte 57% de votre salaire journalier brut de référence des 12 derniers mois : cela donne votre indemnité journalière.

Pôle Emploi multiplie ensuite ce chiffre par le nombre de jours dans le mois. Cela vous donne le montant mensuel de votre ARE. 

Vous le toucherez chaque mois pendant 24 mois maximum (sauf si vous re-travaillez entretemps, que ce soit en tant que salarié ou indépendant : on va y venir).

L’ACRE – Aide aux créateurs et repreneurs d’entreprise

Depuis 2019, elle remplace l’ACCRE. 

Et depuis 2020, elle est réservée à un certain public, dont les demandeurs d’emploi font partie, indemnisés ou non. 

Vous devez donc être inscrit à Pôle Emploi pour en faire la demande. L’ACRE vous permet de bénéficier d’une exonération de charges sociales la première année de votre activité : je vous explique tout ça juste en dessous.

Précisions : les informations qui suivent sont valables pour les demandeurs d’emploi qui créent leur entreprise à partir de 2020. L’ACRE a beaucoup évolué ces dernières années, et sera peut-être amenée à évoluer encore dans les années à venir. 

Affaire à suivre !

L’ACRE : pour qui ?

L’ACRE s’adresse aux travailleurs non salariés qui créent leur activité (y compris les auto-entrepreneurs ou microentrepreneurs), ainsi qu’aux créateurs ou repreneurs de société (dès lors qu’ils détiennent le contrôle de la société : rendez-vous sur cette page pour les détails).

Attention : vous devez faire la demande d’ACRE au moment de la création de votre entreprise ! Si vous avez oublié de cocher la case “demande de l’ACRE” au moment du dépôt de votre dossier de création d’entreprise, vous pouvez en faire la demande au plus tard 45 jours après ce dépôt en remplissant ce formulaire.

Avantages de l’ACRE

L’ACRE est très utile puisqu’elle va alléger le montant de vos charges sociales. Elle va ainsi maximiser le bénéfice que vous pourrez tirer de votre chiffre d’affaires la première année.

A quoi correspond cette exonération ?

Il y a deux cas de figures :

  • Vous êtes auto-entrepreneur : l’aide vous permet de bénéficier de 50% d’exonérations de charges la première année. Si vous êtes freelance, votre taux de charges sociales en tant qu’auto-entrepreneur (ou micro-entrepreneur) est de 22%. Avec l’ACRE, vous ne payerez que 11% de charges la première année.
  • Vous avez opté pour un autre statut (SASU, par exemple) : vous bénéficiez d’une exonération totale de charges sociales la première année si votre chiffre d’affaires ne dépasse pas 30 852€, et d’une exonération dégressive au-delà. Plus d’infos sur le site du Service Public).

Attention : un délai de 3 ans minimum doit être respecté entre deux demandes d’ACRE. Si vous avez déjà bénéficié de l’ACCRE ou de l’ACRE au cours des 3 dernières années, vous devez donc attendre. 

Cela signifie aussi que si vous faites une demande d’ACRE aujourd’hui, vous n’y aurez plus droit pendant les 3 prochaines années. 

Cela peut être un point de vigilance si votre statut de freelance est transitoire, et si vous avez l’intention de monter une autre entreprise dans les 3 années à venir. Dans ce dernier cas, peut-être avez-vous intérêt à conserver vos droits à l’ACRE pour votre prochain projet entrepreneurial !

L’ARCE – Aide à la reprise ou création d’entreprise

L’ARCE (Aide à la reprise ou création d’entreprise), à ne pas confondre avec l’ACRE (vous me suivez ?) vous permet de recevoir sous forme de capital une partie des indemnités chômage qui vous sont dues, afin de financer le lancement de votre activité.

L’ACRE est accessible à tous les créateurs d’entreprise, quel que soit leur statut juridique (c’est donc valable pour les auto-entrepreneurs également).

Pour en faire la demande, vous devez bien sûr être inscrit à Pôle Emploi, et être indemnisé (bénéficiaire de l’ARE). Vous devez aussi être bénéficiaire de l’ACRE (présentée dans le chapitre précédent) pour en faire la demande.

L’ARCE vous permet de recevoir une somme d’argent égale à 45% du total des indemnités (ARE) qui vous sont dues, en deux fois : le premier versement dès que votre demande est validée, et le deuxième 6 mois plus tard.

Ce dispositif est intéressant pour celles et ceux :

  • qui ont un reliquat d’indemnités chômage important
  • qui ont besoin de trésorerie pour lancer leur activité
  • qui sont confiants dans le fait que leur entreprise leur assurera des revenus. En effet, une fois que vous avez touché l’ARCE, vous ne serez plus indemnisé par Pôle Emploi !

Si vous n’êtes pas dans l’un de ces cas, l’ARCE n’est peut-être pas intéressante pour vous : vous pouvez avoir intérêt à choisir à la place le maintien de votre ARE (on y vient dans le prochain chapitre).

C’est un point important : si vous optez pour l’ARCE, ensuite vous serez sans filet de sécurité. Vous n’aurez plus à vous actualiser tous les mois et serez radiés de Pôle Emploi. 

Précisons tout de même que si, pour une raison ou une autre, vous deviez liquider votre entreprise la première année, il est possible de faire une demande de réinscription à Pôle Emploi, afin de toucher le solde de ses droits.

NACRE – Nouvel accompagnement pour la création ou la reprise d’entreprise

Le NACRE est une aide à la création d’entreprise réservée aux demandeurs d’emploi. Elle ne s’adresse pas vraiment aux freelances mais plutôt aux créateurs ou repreneurs d’entreprises “traditionnelles”. Il ne s’agit pas d’une aide financière, mais d’un accompagnement au montage, à la structuration et au développement.

Cumuler indemnités chômage et revenus d’activités

Comme on l’a vu, vous pouvez choisir de recevoir en deux fois 45% de vos indemnités Pôle Emploi pour financer le lancement de votre activité, avec l’ARCE.

Mais le dispositif de l’ARCE n’est pas intéressant pour tout le monde. Il peut être plus intéressant de conserver vos indemnités Pôle Emploi (votre ARE) et de les cumuler avec les revenus dégagés par votre entreprise.

En effet, si vous vous lancez en freelance, vous n’avez normalement que peu d’investissement à réaliser, et donc pas besoin d’un gros capital de départ. 

De plus, vous ne savez pas si vous pourrez tout de suite vous dégager un revenu suffisant pour vos besoins. 

Alors vous vous demandez sans doute : est-ce que je peux lancer mon activité freelance en continuant à toucher le chômage tous les mois ?

Et bien oui, c’est possible !

Vous pouvez tout à faire lancer votre activité, en bénéficiant de l’ACCRE (qui diminue vos charges la première année, vous suivez toujours ?) et en optant pour le maintien de l’ARE (votre indemnisation Pôle Emploi).

Mais attention : comme le dit le dicton, on ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre, etc. 

Si votre activité de freelance vous apporte une rémunération importante, il est évident que Pôle Emploi ne va pas en plus vous verser l’intégralité de vos indemnités, chaque mois, pendant 2 ans. Par contre, vous conserverez vos droits, qui se décaleront dans le temps.

Alors comment ça se passe ? 

Il y a plusieurs cas de figure, qui dépendent en partie du statut juridique de votre entreprise. D’où l’importance de choisir le bon statut. Continuez à me suivre, vous allez voir, ce n’est pas si compliqué !

Cas n°1 : Auto-entrepreneur et maintien de l’ARE

Si vous optez pour le statut d’auto-entrepreneur (ou microentreprise, c’est la même chose), vous pouvez tout à fait conserver votre ARE. Par contre, dès lors que vous encaissez un chiffre d’affaires, l’Etat considère que vous vous versez une rémunération. Vous allez donc déclarer chaque mois votre chiffre d’affaires à Pôle Emploi en vous actualisant, et en fonction du montant, Pôle Emploi va déclencher ou pas le versement de votre ARE.

Chômage et microentreprise : les avantages

Ce système est très intéressant, pour deux raisons :

  • Vous allez pouvoir augmenter vos revenus, car le cumul chiffre d’affaires + ARE peut largement dépasser le montant de l’ARE seule, comme on va le voir. C’est une mesure qui incite à travailler et à encaisser du chiffre d’affaires.

  • Pôle Emploi transforme votre chiffre d’affaires en “jours non indemnisés”. Chaque jour non indemnisé n’est pas perdu, au contraire ! Plus vous déclarez du chiffre d’affaires, moins Pôle Emploi va puiser dans votre ARE pour vous indemniser, et plus vous allez “économiser”, en quelque sorte, vos droits au chômage. 

Je vous donne un exemple concret : personnellement, je suis inscrite à Pôle Emploi depuis plus de 3 ans. Et bien, comme j’ai beaucoup travaillé en tant qu’auto-entrepreneur, il me reste encore plus de 200 jours d’indemnisation ! De quoi voir venir en cas de problème.

Comment ça marche concrètement ?

Premièrement, dès la création de votre statut d’autoentrepreur auprès de l’URSSAF, vous devez informer votre conseiller Pôle Emploi et lui transmettre des justificatifs.

Vous allez créer votre compte sur le site www.lautoentrepreneur.fr, qui vous permettra de déclarer votre chiffre d’affaires et de payer vos charges. Je vous conseille très fortement d’opter pour une déclaration mensuelle de votre chiffre d’affaires et non trimestrielle : ce sera beaucoup plus pratique pour vos échanges avec Pôle Emploi.

J’insiste sur le fait que vous devez absolument informer Pôle Emploi de votre choix (déclaration mensuelle ou trimestrielle).

Ensuite, chaque mois, vous vous actualisez comme d’habitude sur votre espace personnel Pôle Emploi.

Comment s’actualiser auprès de Pôle Emploi quand on est auto-entrepreneur ?

C’est une question à laquelle il est difficile d’obtenir une réponse claire, alors je vous donne les clés.

Tout d’abord, à la question “avez-vous travaillé”, vous répondrez “oui”.

Nombre d’heures travaillées : vous devez déclarer 151h.

Montant de votre salaire brut : vous déclarez votre chiffre d’affaires encaissé le mois précédent, en déduisant l’abattement forfaitaire correspondant à votre secteur d’activité :

  • 71 % du CA pour les activités d’achat-revente ou de fourniture de logement
  • 50 % du CA pour les autres activités relevant des BIC (commerce, industrie, artisanat)
  • 34 % du CA pour les BNC (professions libérales).

La plupart des freelances sont dans le dernier cas (profession libérale).

Ainsi, que vous soyez développeur, graphiste, rédacteur ou consultant c’est la même chose : l’Etat considère que votre revenu équivaut à votre chiffre d’affaires moins 34% (autrement dit : 66% de votre chiffre d’affaires). C’est d’ailleurs cette somme qui va être prise en compte pour le calcul de votre impôt sur le revenu. 

Et c’est aussi cette somme qui sera prise en compte pour le calcul du maintien (ou non) de vos indemnités Pôle Emploi.

Un exemple concret : Julie, webdesigner freelance et auto-entrepreneure

Pour que ce soit clair, rien ne vaut un exemple.

Julie touchait 2000 € net par mois quand elle était salariée.

Maintenant qu’elle est au chômage, elle touche 1300 € net par mois d’ARE (soit environ 43 € d’indemnité journalière).

Elle se lance comme graphiste indépendante, et choisit le statut d’auto-entrepreneur.

Le 1er mois, elle encaisse 0 € de chiffre d’affaires. 

Au début du mois suivant, elle s’actualise sur le site de Pôle Emploi et déclare qu’elle a travaillé 151h mais qu’elle a touché 0 € de revenu.

=> Comme elle a touché 0 € de revenu, Pôle Emploi lui versera l’intégralité de son ARE, à savoir 1300 €.

Le 2ème mois, elle encaisse 2000 € de chiffre d’affaires (Youpi !). 

Elle déclare à Pôle Emploi qu’elle a travaillé 151h (toujours) et elle déclare son chiffre d’affaires abattu, c’est à dire 0,66*2000 = 1320 €. 

Pôle Emploi applique à nouveau un abattement, de 30% cette fois-ci, sur le montant déclaré : on arrive donc à 0,7*1320 = 924 €. 

C’est ce chiffre que Pôle Emploi considère comme étant le salaire net de Julie. Il correspond à environ 21 indemnités journalières pour Julie (puisque son ARE est de 43 € par jour).

Comme il y a 30 jours dans le mois, Pôle Emploi va déclencher le versement de 9 jours d’ARE, soit 387 €.

Vous voyez bien l’intérêt de ce dispositif : en étant bénéficiaire de l’ACCRE, Julie ne paye que 11% charges sociales. Avec 2000 € de chiffre d’affaires, une fois ses charges payées (et les 0,20% de taxe sur la formation professionnelle), il lui restera 1776 €; et Pôle Emploi va quand même compléter en lui versant 387 €. Elle optimise donc sa rémunération en cumulant revenu d’activité et ARE.

Comment justifier votre chiffre d’affaires auprès de Pôle Emploi ?

Vous vous posez peut-être la question : quand je déclare mon revenu à Pôle Emploi en début de mois, au moment de l’actualisation, quel justificatif dois-je joindre ?

Le ou les premier(s) mois, vous n’aurez pas encore de justificatif de chiffre d’affaires à transmettre à Pôle Emploi (et sans doute pas de chiffre d’affaires à déclarer). Pôle Emploi  va donc vous verser une avance :

  • Si vous avez choisi la déclaration mensuelle de chiffre d’affaires : vous percevrez une avance de paiement correspondant à 80 % du montant de vos droits à l’ARE.
  • Si vous avez choisi la déclaration trimestrielle : vous recevrez une avance de 70 % du montant de vos droits à l’ARE.

Une fois que vous aurez fait votre première déclaration de chiffre d’affaires sur le site de l’URSSAF www.lautoentrepreneur.fr, pour pourrez télécharger le justificatif de cette déclaration : c’est ce document que vous transmettre à Pôle Emploi comme justificatif de rémunération dans la foulée de votre actualisation.

C’est pour cela que j’insiste sur le fait que la déclaration mensuelle est plus pratique pour les autoentrepreneurs qui continuent à s’actualiser chaque mois : si vous optez pour la déclaration mensuelle, chaque mois, vous allez déclarer votre chiffre d’affaires à l’URSSAF, et ensuite faire votre actualisation. Le montant versé par Pôle Emploi sera au plus près de la réalité et vous n’aurez pas de risque de trop-perçu à rembourser.

Cas n°2 : Entreprise traditionnelle et maintien de l’ARE

Le statut de la microentreprise ne convient pas à tout le monde.

Si vous envisagez de dépasser le plafond (pour rappel, 72 500 € pour les prestations de services et professions libérales), vous devrez créer une entreprise “traditionnelle” : EURL ou SASU. Cela peut être aussi pour d’autres raisons : parce que vous avez des frais déductibles importants, parce que vous re-facturez des prestations opérées par des tiers, ou parce que vous envisagez d’avoir des associés un jour… 

Bref : vous pouvez faire le choix d’un autre statut que la microentreprise pour votre activité de freelance.

Dans ce cas, pouvez-vous continuer à percevoir vos indemnités chômage après la création de votre entreprise ? La réponse est à nouveau : Yes, you can !

Maintien total de l’ARE pour le créateur d’entreprise

Si vous créez une EURL ou une SASU imposée à l’IS, vous pouvez choisir de ne pas vous verser de rémunération au début.

Tant que c’est le cas, vous continuerez à percevoir votre ARE chaque mois, jusqu’à l’expiration de vos droits au chômage. Pendant ce temps, votre chiffre d’affaires vient gonfler la trésorerie de votre entreprise. Vous pouvez même choisir de vous verser des dividendes en fin d’année : ce n’est pas considéré comme une rémunération.*

*Ce n’est valable que pour les SASU imposées à l’IS (impôt sur les sociétés). Néanmoins, on conseille, dans la mesure du possible, d’attendre la fin de l’indemnisation pour se verser des dividendes. Il y a eu de rares cas de requalification… En EURL, étant donné que les dividendes sont soumis à cotisations sociales, ils sont considérés par Pôle Emploi comme des revenus. Le versement de ces dividendes viendrait donc diminuer le montant de votre allocation chômage.

Maintien partiel de l’ARE pour le créateur d’entreprise

Si vous choisissez de vous verser un salaire dès le début, vous pouvez prétendre au maintien partiel de l’ARE si celui-ci ne dépasse pas le montant de votre salaire journalier de référence.

Dans ce cas, le fonctionnement est globalement le même que pour les auto-entrepreneurs (voir chapitre précédent, tout y est expliqué !) : vous allez vous actualiser chaque mois sur le site de Pôle Emploi, et déclarer la rémunération que vous avez touchée le mois précédent (attention, votre rémunération, pas votre chiffre d’affaires). 

Vous devrez joindre un justificatif, bulletin de paie ou PV d’assemblée générale justifiant de votre rémunération.

Pôle Emploi prendra en compte 70% de votre rémunération pour déterminer (ou pas) le versement de votre ARE en complément. Et cela durera tant que vos droits ne seront pas expirés.

Cas n°3 : Portage salarial ou CAE maintien de l’ARE

Dernier cas de figure à étudier si vous créez votre activité freelance en étant au chômage : opter pour le portage salarial ou rejoindre une Coopérative d’Activité et d’Emploi (CAE).

Une entreprise de portage salarial et une coopérative d’activité ont le même fonctionnement, globalement : vous êtes lié à elles par un contrat de travail. C’est la structure qui facture vos prestations et encaisse votre chiffre d’affaires ; de votre côté, vous avez un statut de salarié, et percevez chaque mois un salaire. C’est vous qui déterminez le montant de votre salaire, en fonction du chiffre d’affaires que vous générez.

Quels sont les avantages et inconvénients ?

  • L’avantage : c’est un statut plus protecteur que le statut d’entrepreneur (en cas d’arrêt maladie, par exemple). Il vous permet de recharger vos droits au chômage puisque vous êtes salarié, et offre une certaine stabilité (bulletin de salaire, congés payés, retraite…)
  • L’inconvénient : vous payez le même taux de cotisations qu’un salarié, et la structure prélève sur votre chiffre d’affaires de frais de gestion (entre 5 et 15% de votre chiffre d’affaires).

Reprenons l’exemple de Julie, notre graphiste freelance.

Si elle touche 2000 € de chiffre d’affaires, en portage ou en CAE, elle devra d’abord déduire les frais de gestion. Imaginons que ceux-ci soient de 10% : il reste 1800 €, desquels il faut maintenant déduire les cotisations sociales.

Son salaire net à la fin du mois sera d’environ 957 €. Elle peut optimiser sa rémunération en déduisant ses frais professionnels (matériel, abonnements, locaux…).

Si elle est éligible à l’ARE, elle déclarera à Pôle Emploi son salaire, qui complètera avec l’ARE (selon le même principe qu’en micro-entreprise). 

On voit bien qu’avec le même chiffre d’affaires, le revenu de Julie ne sera pas le même en micro entreprise et en portage (ou CAE). Si elle opte pour le portage ou CAE, le revenu dégagé par son activité sera inférieur : Pôle Emploi continuera à lui verser son ARE, mais ses droits au chômage s’épuiseront plus vite qu’en micro-entreprise.

Toutefois, le portage et la CAE peuvent être des solutions intéressantes à évaluer, surtout si vous effectuez des missions longues, avec un taux journalier assez élevé. Vous aurez un revenu régulier et les avantages du salariat.

Rejoindre une CAE ou une société de portage quand on est au chômage, c’est aussi un bon moyen de se faire aider, de rompre l’isolement et de rejoindre un réseau. La CAE est particulièrement appréciée par les personnes exerçant dans le secteur de l’économie sociale et solidaire.

Pour conclure

J’ai essayé, dans cet article, de fournir les informations les plus détaillées et claires possibles sur les spécificités du cumul freelancing et chômage, et sur les options qui s’offrent à vous.

Prenez le temps de bien comparer les différentes options, afin de choisir celle qui correspond le plus à votre projet et à vos besoins.

Je connais des freelances qui ont créé une SASU et ont choisi de conserver l’intégralité de leurs allocations chômage jusqu’à épuisement, et qui sont ravis de ce choix.

Je connais d’autres freelances qui ont opté au démarrage de leur activité pour une CAE, afin d’avoir l’esprit tranquille et de conserver un statut salarié en attendant d’y voir plus clair.

J’en connais d’autres (dont moi !) qui ont choisi d’être autoentrepreneur pour la simplicité des démarches et pour optimiser leur rémunération, et qui jonglent sans problème tous les mois entre déclaration URSSAF et actualisation Pôle Emploi.

Dans tous les cas, nous avons la chance d’avoir un système plutôt protecteur, qui offre aux demandeurs d’emploi un vrai filet de sécurité quand ils veulent se lancer dans l’entrepreneuriat ou le freelancing : alors profitez-en pour vous lancer, tester des choses, et déployer progressivement vos ailes d’indépendant !

Ressources utiles

Claire Michard
Consultante et chef de projet freelance – Marketing et stratégie digitale

Freelance depuis 2017, je permets aux entreprises d’utiliser le digital pour développer et pérenniser leur activité. Stratégie marketing, rédaction de contenu, gestion de projet web, SEO ou CRM : j’interviens sur de nombreux sujets pour aider startups, entrepreneurs et indépendants à consolider leur business sereinement.

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