Y a-t-il un âge pour être freelance ?12 minutes de lecture

La question de l’âge revient souvent chez les personnes qui aspirent à se lancer en freelance. Suis-je trop jeune ? Trop vieux ? Est-ce que je pourrai faire ça tout ma vie ? Dans les médias et sur les réseaux sociaux, la culture freelance est imprégnée de jeunisme. Mais comme souvent, la réalité est plus complexe.

Avant-propos : dans cet article, par souci de simplicité, je vais souvent parler au masculin. Il va de soi que c’est un masculin neutre et que quand je dis “il”, je veux dire “il ou elle”.

Le portrait-robot du travailleur freelance

Il y a encore une quinzaine d’années, le profil type du travailleur indépendant n’était pas très sexy. 

C’était souvent un homme de plus de 45 ans, un peu bedonnant, qui avait lancé son activité de consultant indépendant après un plan social dans son entreprise. Il travaillait beaucoup, passait pas mal de temps dans sa voiture, et flippait pour sa retraite.

Avant, le travailleur indépendant ressemblait à ça.

Et puis il y avait le geek : un développeur surdoué, asocial et (parfois) un peu rebelle, qui proposait ses prestations en tant qu’indépendant car il ne supportait pas la vie en entreprise.

Puis, c’est devenu ça.

Le boom du freelancing a fait voler en éclat ces clichés pour en faire éclore de nouveaux.

En 2020, le travailleur freelance est forcément (très) jeune, ultra connecté et sociable. Il ou elle fréquente les espaces de coworking, à moins qu’il ne travaille depuis la terrasse d’un bar de plage à Bali. Il exerce un métier digital ou créatif, souvent un peu les deux : graphiste, motion designer, UX designer, copywriter, webdesigner.

Et voici la dernière version du freelance.

En réalité, rien de tout ça n’est vrai.

Selon une étude Malt qui date de 2019, l’âge moyen du travailleur freelance en France est de 34 ans. 89% des freelances ont déjà été salariés : autant dire que peu d’entre eux se lancent en freelance à la sortie des études. Précisons que 46% des freelances sont des femmes. 

Alors, c’est quoi le profil type du freelance aujourd’hui ?

En réalité, si on veut vraiment mettre les gens dans des cases, en se basant sur l’âge, on peut découper la population freelance en 3 grandes catégories.

Les 3 âges du freelancing

1 – Le digital native

Oui, c’est vrai, ne nous mentons pas : il y a de plus en plus de jeunes parmi les freelances. Quand je dis jeune, je veux dire : moins de 30 ans.

Certains se lancent après une première expérience professionnelle, ou après une tentative de création de startup qui a tourné court.

Certains se lancent directement à la sortie de leurs études, voire même pendant leurs études. Ceux-là sont souvent brillants, touche à tout, avides de liberté et de reconnaissance.

Ces jeunes indépendants ressemblent un peu à la caricature du freelance. 

Ils ou elles travaillent dans le digital, souvent pour des startups, participent à des meetups et enregistrent des podcasts. Ils ont souvent derrière la tête un projet entrepreneurial qui leur permettrait de générer des revenus passifs et récurrents : vente de formations, création d’une application ou d’un service en ligne.

Leurs forces ?

Ils ont du temps, et pas trop de pression. Ils sont les plus visibles, et pour cause : ils démarrent leur activité, et ont tendance à mélanger vie personnelle et professionnelle. Pas d’enfants, pas d’attaches, pas toujours beaucoup de clients : en se lançant après leurs études, ils ont tout le loisir de travailler leur visibilité en créant du contenu : chaînes Youtube, newsletters, conférences, blogs. Ils sont identifiés, à tort ou à raison, comme des experts du digital, du fait de leur jeune âge, ce qui leur ouvre des portes.

Leurs faiblesses ?

Ils n’ont pas toujours conscience de la réalité du marché et acceptent parfois de vendre leurs prestations à bas, voire très bas prix. Cela vient aussi de leur déficit de confiance en eux : du fait de leur manque d’expérience professionnelle, ils craignent de ne pas être légitimes. Ils ont tendance à vivre dans une bulle, et connaissent mal les réalités du monde de l’entreprise : seuls les meilleurs d’entre eux peuvent obtenir la confiance d’un chef d’entreprise chevronné.

2 – Le trentenaire en reconversion

La deuxième catégorie de freelance a déjà de la bouteille. 

Après une dizaine d’années de salariat, il aspire à une vie plus libre : travailler où il veut, quand il veut, en finir avec le rythme infernal métro-boulot-dodo. Il a parfois des enfants, avec qui il veut passer plus de temps. La vie de freelance lui permet d’équilibrer vie personnelle et vie professionnelle, parfois même, de partir vivre à la campagne. D’ailleurs, nombreuses sont les femmes (et les hommes) qui se lancent dans le freelancing après leur premier ou leur deuxième enfant.

Pour eux, se lancer en freelance, c’est clairement un choix de vie, assimilable à une reconversion. D’ailleurs, ils hésitent souvent entre le freelancing et l’entrepreneuriat. Ils n’excluent pas de retourner un jour dans le salariat, et rêvent d’un statut hybride.

Leurs forces ?

Les atouts du freelance entre 30 et 45 ans sont de taille : son expérience en entreprise lui apporte à la fois une expertise reconnue, et un réseau professionnel. Alors que le débutant est souvent généraliste, le freelance expérimenté va pouvoir se spécialiser, soit dans un métier donné, soit sur un secteur d’activité. Il connaît très bien sa cible et ses problématiques. Il est plus à l’aise avec la prospection et se sent légitime pour facturer ses prestations à un tarif correct. 

Leurs faiblesses ?

Ils ont la pression du chiffre ! 

Et oui, avec l’âge viennent les responsabilités. La maison à payer, les enfants à éduquer… On ne quitte pas le salariat à 35 ans pour gagner des clopinettes. Le risque, quand on se lance après un premier début de carrière, c’est de voir son revenu diminuer. Alors ce freelance accepte beaucoup de missions, se met beaucoup la pression. Attention au burn out du freelance, qui menace celles et ceux qui ont mis la barre trop haut.

3 – Le freelance senior

La troisième catégorie d’indépendant a plus de 45 ans. 

Si on caricature à nouveau, il ou elle a fait carrière pendant plus de 20 ans dans les RH, la finance, les achats, ou encore la communication. Il opte souvent pour l’indépendance après une période de crise : licenciement, burn out, divorce. Régulièrement, il devient coach ou consultant.

Il faut savoir qu’après 50 ans, trouver un emploi salarié devient malheureusement plus difficile, tout simplement parce qu’on est plus cher. Alors quand la seule solution pour exercer son activité est l’indépendance, on se lance. Les enfants sont grands, la maison est payée. La pression financière est là, mais elle est moindre.

Il existe aussi des indépendants en fin de carrière, qui n’ont pas vu la couleur d’un contrat de travail depuis les années 90. Ceux là ont choisi l’indépendance, et sont condamnés à rester freelance jusqu’à la fin.

Certains continuent même à accepter des missions après la retraite : difficile de décrocher quand on est passionné ! Et puis, pour ceux qui ont une petite pension, cela permet de mettre du beurre dans les épinards. Ce phénomène n’est pas isolé : selon une étude américaine réalisée en 2018 par The Freelancers Union et Upwork, plus de 30% des travailleurs de plus de 55 ans ont déjà réalisé au moins une mission en tant que freelance en 2018.

Les forces des indépendants seniors ?

Ils ont le savoir-faire, les compétences, la posture qu’apporte l’expérience. Certains revendiquent leur âge comme un atout : “À moi, on ne la fait pas !”. Dans certains métiers, les cheveux gris restent un gage de compétence : ils sont rassurants.

Leur autre force, c’est qu’ils ont généralement confiance dans leur expertise. Ils en ont fini avec le syndrôme de l’imposteur et sont, en quelque sorte, apaisés.

Leurs faiblesses ?

Ils sont chers ! En fin de carrière, il est plus difficile de se vendre car on n’accepte pas les mêmes taux journaliers que les petits jeunes qui démarrent. Ils doivent donc avoir une proposition de valeur limpide, et un positionnement très clair, pour lever les freins chez leurs prospects.

Leur autre faiblesse, malheureusement, c’est leur image. A plus de 50 ans, dans certains secteurs d’activité, on court le risque de paraître ringard, dépassé. Dans le marketing, le digital ou l’informatique, la culture du jeunisme fait des ravages et laisse de nombreux professionnels sur le carreau, malgré leurs compétences et leurs qualités indéniables.

Quel est le meilleur âge pour être freelance ?

Alors, y a-t-il un âge idéal pour se lancer ?

Personnellement, je pense que pour se lancer en freelance et réussir, le principal critère, ce n’est pas l’âge : c’est avant tout une question de personnalité et d’état d’esprit.

Mais je pense surtout que cela dépend des métiers et de la posture.

Dans certains domaines, comme le consulting, il est indispensable d’avoir une expérience professionnelle solide pour avoir quelque chose à vendre.

Mais dans les métiers techniques ou créatifs, on peut très bien travailler en freelance dès la sortie de l’école. Si on est très bon, si on est autonome, débrouillard et surtout, si on est curieux, ouvert, à l’écoute. 

Dans tous les cas, quelque soit l’âge, la clé pour être freelance, c’est de se former, en permanence. La veille et la formation permettent aux jeunes de combler leur manque d’expérience, et aux plus âgés de rester à la page.

L’autre facteur de succès, c’est de travailler son pitch et son positionnement. Cela peut passer par le fait de se spécialiser dans un domaine précis, ou sur un marché de niche. Dans tous les cas il faut une offre irrésistible qui réponde aux besoins de vos cibles. 

Dernier levier qui profitera aux débutants comme aux vieux briscards : être présent sur Linkedin, optimiser son profil, travailler son réseau, partager du contenu. C’est indispensable pour exister et pour trouver des clients.

Casser les barrières entre les freelances

Cette question de l’âge n’a pas fini de faire couler de l’encre. Le freelancing continue d’attirer de plus en plus de professionnels, jeunes et moins jeunes, et la crise du covid-19 risque d’amplifier la tendance.

Dans ce contexte, il serait dommage que le freelancing soit perçu uniquement comme “un truc de jeunes”. 

Chaque âge a ses forces et ses faiblesses. Les plus âgés ont des choses à apprendre des plus jeunes, et l’inverse est vrai également. Or aujourd’hui, il y a assez peu d’échanges entre les catégories de freelances. 

Les espaces de coworking peuvent être un bon moyen de casser les barrières, en rassemblant des freelances de tous âges, de tous milieux. 

Mais d’une manière générale, on a tendance à aller vers ceux qui nous ressemblent. Et naturellement, les indépendants se regroupent en réseaux, en écosystèmes assez fermés : les plus jeunes avec les plus jeunes, les plus vieux avec les plus vieux, les femmes avec les femmes…

Il faudrait réussir à rassembler davantage les freelances de tous horizons, afin qu’ils collaborent, qu’ils apprennent des uns des autres, et qu’ils défendent leurs droits ensemble.

Cela permettrait de créer une véritable identité freelance, un groupe social varié, hétérogène, mais qui défend un mode de vie et des intérêts communs. Affaire à suivre !

Claire Michard
Consultante et chef de projet freelance – Marketing et stratégie digitale

J’aide les entrepreneurs à se digitaliser pour être visible de leurs prospects, capter leur attention, les convertir en clients et les fidéliser.

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