Anne-Sophie, l’échappée belle

C’est l’histoire d’une DRH, brillante normalienne, qui, après 10 ans de grands groupes, gavée d’Excel et de Powerpoint, découragée par la lourdeur des process et dégoûtée par le traitement froidement statistique des humains qu’elle voulait servir, décide un jour de tout plaquer pour apprendre à coder…

Que faisais-tu avant d’être à ton compte ?

J’ai travaillé pendant 7 ans dans un grand groupe français en tant que RH, sur différents postes : recruteuse, responsable de carrière et enfin responsable RH à l’international.

Quand as-tu décidé de te lancer en solo ? Pourquoi avoir fait ce choix ?

Je me suis retrouvée à passer plus de temps à monter des tableaux Excel pour optimiser la masse salariale qu’à passer du temps avec les personnes pour les aider à rebondir quand ils arrivaient en fin de projet – ou quand leur poste allait être supprimé. C’est venu s’ajouter à la lourdeur des processus qui empêche de prendre en considération des situations exceptionnelles, les fameux indicateurs de performance que l’on met des semaines à compiler pour qu’au final personne ne les regarde…

J’avais l’impression de passer mes journées sur Excel et Powerpoint, pour un résultat qui n’avait aucune sens pour moi, alors que j’avais choisi ce métier pour pouvoir accompagner des gens. Et quand on m’a demandé de tenir des positions avec lesquelles je n’étais pas du tout d’accord, j’ai pris la décision de partir.

J’avais dans l’idée de pouvoir proposer un service de conseil RH indépendant à la fois pour les personnes salariées qui ne se voyaient pas aller voir leur RH en cas de questionnement (par crainte de représailles, ou de manque d’objectivité), et pour les personnes qui n’avaient pas de RH en raison de leur situation (indépendants, freelances, etc.). Ne sachant pas encore si l’activité allait fonctionner, je me suis mise sous le statut d’auto-entrepreneur.

La formation était-elle une étape nécessaire à cette transition professionnelle ?

Sur le plan RH, pas vraiment, puisque je capitalisais sur mon expérience professionnelle. En revanche, ayant en tête de construire un site web pour proposer des services faciles d’accès, comme la refonte d’un CV à partir de l’analyse de son contenu via reconnaissance de mots, j’avais besoin d’apprendre au moins à pouvoir dialoguer avec des développeurs : je me suis donc inscrite au bootcamp du Wagon. Cela a été une véritable révélation : j’ai découvert que j’adorais coder, au point que je continue aujourd’hui avec une activité parallèle de développeuse web. J’ai aussi à cœur de continuer à transmettre l’expérience fantastique que j’ai vécue au Wagon et y retourne régulièrement en tant que prof.

As-tu reçu des financement pour suivre cette formation (via ton ancien employeur, le CPF, Pôle Emploi…) ?

Aucun… mais je me suis arrangée dans le cadre de ma rupture conventionnelle pour que le montant perçu puisse couvrir le coût de la formation au Wagon. Certains de mes camarades de promo au Wagon ont pu bénéficier d’une participation de Pôle Emploi.

=> FAIRE FINANCER SA FORMATION QUAND ON EST FREELANCE <=

La grande entreprise ne fait plus rêver ; de plus en plus de talents s’en détournent. Quelles sont, selon toi, les principales raisons de ce désamour ?

Il y a un choc assez violent quand on intègre une grande entreprise à la sortie de ses études : on découvre que le job – pour lequel on a dû passer des dizaines d’entretiens après avoir montré patte blanche grâce à un CV qui mentionne la “bonne école” – n’est pas vraiment intellectuellement épanouissant, et ne fait souvent aucun sens en soi (par rapport au business global de l’entreprise et encore moins par rapport à nos valeurs propres).

C’est ce qu’explique très bien Jean-Laurent Cassely dans son ouvrage La Révolte des premiers de la classe : les jeunes réalisent qu’avoir fait les bonnes études ne leur garantit pas le job intéressant et épanouissant qu’on leur a fait miroiter pendant toute leur formation. Sans compter que financièrement, ce ne sont plus des jobs aussi rémunérateurs qu’avant…

Quand on a ce sentiment d’inutilité au quotidien, alors qu’en parallèle, on nous demande de travailler toujours plus pour quelque chose qui ne fait pas sens, on se retrouve souvent malheureusement dans une situation de burn-out qui impose une remise en question radicale de la perception du travail.

C’est à mon sens cette pression associée à une perte de sens qui pousse nombre d’actifs à se tourner vers l’indépendance, pour pouvoir travailler selon leurs valeurs et à leur rythme.

La raideur des organisations n’aide pas, dans un monde où l’on perçoit très clairement que tout est en train de changer rapidement : quand on s’entend dire que notre plan de carrière est déjà tout tracé alors qu’on vient tout juste de passer sa période d’essai ; qu’il faut rester 3 ans sur un poste avant de pouvoir prendre un autre poste (qui ne fait pas forcément envie sur le papier) ; que si l’on veut tester ou apprendre une nouvelle compétence, cela ne peut être validé que si c’est en lien avec les intérêts de l’entreprise (et qu’il faut aussi conserver de la “cohérence” dans son parcours pour garder toutes les chances d’être promu(e) en interne), cela ne rassure pas trop par rapport à l’avenir car on se sent prisonnier d’une case plutôt qu’encouragé(e) à se former pour anticiper les évolutions liées à la digitalisation du travail… D’où cette envie – parfois ce besoin irrépressible – de recouvrer une certaine autonomie pour continuer à développer ses compétences tout en cultivant sa curiosité.

Les grands groupes sont-ils conscients de l’appel d’air que l’on commence à observer vers le travail indépendant ?

Je pense que les grands groupes sont conscients de cet appel d’air, mais que pour l’instant, ils ont réussi à ne pas trop en pâtir : bien souvent, des salariés quittent une entreprise pour se mettre à leur compte, mais c’est cette même entreprise qu’ils ont quittée qui devient leur premier client – et souvent leur principal client. Cela peut être avantageux pour les deux parties puisque cela permet d’amorcer la pompe pour le nouvel indépendant, tout en permettant à l’entreprise d’avoir à disposition une personne dont elle connaît les compétences et en qui elle a confiance. Mais cette situation n’est pas non plus idéale : le nouvel indépendant reste dépendant d’un seul client et l’entreprise prend le risque de se voir accusée de salariat déguisé.

Il me semble que les entreprises n’ont pas encore saisi la transformation radicale qui est en train de s’opérer : les compétences et le savoir-faire n’appartiennent plus à l’entreprise, qui se les arrogeait à coup de CDI, mais bien aux personnes, qui peuvent les mettre au profit de telle ou telle entreprise.

Ce sera intéressant de regarder comment les relations entre entreprises et personnes se réorganisent dans les prochaines années à la lumière de cette modification.

Amédée
Génie indépendant

Génie indépendant depuis des siècles, je partage aujourd’hui mes aventures avec vous, indépendants de tout poil et de tous horizons. Actu, bons plans, témoignages ou libres palabres, je vous apporte les meilleures infos pour que vous puissiez profiter au mieux de votre indépendance.

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