Antoine ou la ruralité trépidante

Quelle drôle de vie que celle d’Antoine. Après des années passées à écumer les grandes villes européennes, c’est presque par hasard qu’il débarque un jour à Saint Victor de Buthon, village de 500 âmes en plein Parc Naturel Régional du Perche. Ce qui ne devait être qu’un séjour provisoire devint une résidence permanente. Trois ans plus tard, il a fait de Mutinerie Village son quartier général. Sa crainte de se retrouver isolé s’est vite envolée.

En trois ans Antoine a vu défiler des travailleurs nomades venus des quatre coins du globe, il a partagé ses repas avec d’innombrables inconnus comme s’ils étaient des amis de passage, il a rencontré une multitude de professionnels aux expertises les plus diverses. Du fond de sa vallée, il mène aujourd’hui une vie sociale digne de Manhattan tout en développant une agence de design à la pointe des dernières technologies de fabrication numérique. Et quand, pour une raison ou pour une autre, il lui faut se rendre à Paris, il n’a qu’à prendre un train qui l’y conduira en une heure et demie… Rencontre avec un prototype.

Quel est ton métier ? 

Je suis designer industriel de formation, je fais maintenant beaucoup de design artisanal. C’est-à-dire que je dessine et fabrique principalement des objets grâce à des outils pilotés par ordinateur tel qu’une découpe laser, imprimante 3D, fraiseuse numérique tout en utilisant des outils plus conventionnels : scie sur table, perceuse, ponceuse, etc. Ça me permet de tout faire dans mon atelier en circuit ultra-court, je dessine et hop, je fabrique dans la foulée, je teste, je me plante, je redessine, je teste ça fonctionne, je vends.

Depuis combien de temps es-tu indépendant ?

Je suis indépendant depuis 2011, j’ai commencé mon activité en travaillant principalement pour une agence de design produit et architecture d’intérieur à Barcelone pendant deux ans. C’était le pied, des supers projets, des fêtes, du beau temps, la mer, et des tortillas entre amis.

Que faisais-tu avant d’être à ton compte ?

Je faisais mon master en design industriel à Strate, à Sèvres en banlieue parisienne.

Pourquoi avoir fait ce choix ?

Lors de mon retour à Paris, après mon expérience catalane, j’ai enchaîné les petits contrats freelance en graphisme avec une amie tout en cherchant un travail en agence pour me faire la main. Étant tombé seulement sur de grosses agences où tu passes ton temps à dessiner pour un designer vedette sans participer à la concrétisation des projets, j’ai décidé de me concentrer sur mon projet de design produit avec une copine : Superlipopette était née.

Quel est ton statut (AE, SARL, SASU, Coopérative d’activité et d’emploi…)

J’ai quitté le statut Auto-entrepreneur pour la SARL EURL cette année.

Où t’es-tu installé lorsque tu as quitté la ville ?

Je me suis installé dans l’espace de coworking/coliving Mutinerie Village, qui venait d’ouvrir ses portes. Un petit coin de paradis perdu au milieu de 45 Ha de prairies, de forêts, de vergers dans le parc régional du Perche.

Pourquoi avoir pris cette décision ?

C’était au départ une solution temporaire ! Je devais initialement m’installer à ICI Montreuil, mais l’espace que je devais occuper était encore en travaux et je me suis retrouvé avec une encombrante machine de découpe et gravure laser dans les pattes ; j’ai alors dû trouver une solution de repli et Mutinerie Village m’a tendu les bras.

Je devais y rester seulement quelques mois pour débuter mon activité en attendant que les travaux à Montreuil s’achèvent, mais j’ai tellement aimé la campagne que j’ai décidé d’y rester et je ne regrette pas.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile ?

De me dire que c’était le bon choix, que je quittais la vie parisienne, les sorties entre amis, les cinémas, les expos, les concerts, les cafés et restaurants à n’importe quelle heure. Je n’étais pas du tout blasé de la vie en ville, j’avais passé toute mon enfance à la campagne (Seine-et-Marne), puis j’avais vécu uniquement dans de grandes villes, Paris, Manchester, Barcelone ce qui me plaisait beaucoup.

Et maintenant à Saint-Victor-de-Buthon j’avais peur de l’isolement. Au final, si j’ai vraiment besoin, je ne suis pas si loin de Paris, mais ma nouvelle vie d’entrepreneur campagnard est très animée et ultra riche en rencontres, peut être trop parfois pour se concentrer uniquement sur le travail (rire).

J’avais également peur de m’éloigner de mes potentiels clients. Au final avec mon réseau, celui de l’espace de coworking, ainsi que mon site internet bien référencé, je n’ai pas eu de mal à démarrer mon activité.

Qu’est-ce qui te plaît le plus ?

Être pommé au milieu de la nature et rencontrer en même temps des entrepreneurs, des artisans, et autres visiteurs de tout bords.

Chacun travaille sur ses projets la journée puis on échange des conseils, des anecdotes, on débat, pendants l’apéro, les repas, c’est enrichissant, on déconnecte, il n’y a pas de routine puisque chaque rencontre est unique.

La plupart des gens restant plus de deux nuits disent se sentir « comme à la maison » et ça joue beaucoup sur l’atmosphère de la vie en communauté, une communauté éphémère sans cesse renouvelée au fil des personnes qui vont et viennent.

Si tu avais un conseil à donner à un(e) indépendant(e) qui souhaite s’installer à la campagne, quel serait-il ?

J’aurais du mal à travailler à la campagne ailleurs que dans un espace de coworking fréquenté.

Lorsque j’étais à Paris, je ressentais plus la solitude, car je travaillais de chez moi, un petit studio de 25m2. Je ne voyais quasiment personne en dehors des sorties avec les amis. Pouvoir rencontrer des indépendants de différents corps de métier permet de prendre du recul sur mon travail et d’être plus efficace.

Ton book, des références à partager ? 

Mes objets : http://superlipopette.net/
Mes services de design et fabrication : http://services.superlipopette.net/
Où je vis : http://village.mutinerie.org/

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