Freelances des campagnes, le sens du tempo

Le freelance est libre… une liberté pleine de pièges et de mirages. Entre la nécessité de délivrer ce que l’on a vendu et celle de rencontrer de nouveaux prospects pour assurer l’avenir, il n’est pas facile d’arbitrer. Sans compter sur l’obligation, moins impérieuse, mais pourtant critique, de continuer à apprendre et à se former sur des métiers et des outils qui évoluent à toute vitesse. Livrés à nous-mêmes, il faut une certaine expérience et une sacré discipline pour naviguer efficacement entre ces différents impératifs, entre ces différents temps du travail. Le retrait que nous impose notre vie à la campagne nous y aide.

Un temps pour tout

Parfois, la contrainte ne fait pas de mal. Les indépendants qui ont quitté la ville pour la campagne en savent quelque chose. C’est ce qui ressort des diverses discussions que j’ai pu avoir avec ces pionniers d’un nouvel exode urbain. Contraints par leur localisation, ces derniers se retrouvent dans l’obligation de segmenter leur vie professionnelle.

À chaque lieu correspond un temps particulier, à chacun de ces temps, une tâche spécifique.

Le temps productif

Lorsque l’on est dans sa campagne, au fond de sa vallée ou au bord de l’océan, on sait, pour sûr, qu’on ne se rendra pas à ce Meetup alléchant sur l’holacratie, pas plus qu’on rejoindra les « collègues » autour d’un verre pour débattre de l’avenir des crypto-monnaies. Exit aussi la soirée de lancement de la startup de votre ancienne collègue. Même tarif pour le dej avec ce porteur de projet qui aimerait bien discuter avec vous de l’innovation en milieu rural. Pas possib’ ! Si cette indisponibilité aux choses extérieures peut être frustrante pour le freelance exilé, elle a le grand mérite de nous forcer à rester concentrés sur une seule chose : produire ! Que ce soit des lignes de codes, des images, des textes ou encore bien des choses.

Dans notre retraite, pas de diversions, pas de tentations, pas d’excuses…

Le temps social

Quand on se rend à la ville, c’est une autre histoire. Avant de partir, nous avons pris soin de booker chaque heure des quelques jours que nous y passerons. C’est la tournée des clients, des partenaires et des amis. Petit dej, café, dej, café, verre, dîner, soirée… toujours en bonne compagnie.

Les choses, sont claires, on est en ville pour peu de temps, il faut maximiser notre présence.

Pas d’état d’âme, on est ici pour voir tout le monde, on aura bien le temps d’avancer sur nos projets de retour dans notre campagne.

L’interlude

Entre ces deux temps : le transport, un sas entre deux mondes.

À l’aller, on fignole la préparation de nos rendez-vous, au retour, on se plonge dans ce livre, cette étude, ces articles que l’on s’était promis de lire un jour. On prend le temps d’apprendre de nouvelles choses, de faire un point sur l’état de son art. Quand on part, on est enthousiaste et concentré, on s’en retourne soulagé et vaporeux. Ce moment de recueillement est précieux, il marque un jalon et nous invite à faire le point. Les paysages défilent, notre voisine s’est endormie et l’esprit vagabonde.

Reprendre le contrôle

En cette époque de sollicitations permanentes, de notifications intempestives, le retrait que nous impose notre vie de cocagne, cette segmentation forcée des temps du travail nous aide à reprendre le contrôle, à agir plutôt qu’à réagir, à choisir plutôt qu’à subir.

Notre exil nous invite à quitter la vie en mode push – cauchemar scintillant du Fomo – pour retrouver notre rythme, notre flow et, finalement, notre voie.

Antoine van den Broek
Rédacteur en chef d’Amédée

Indépendant, frère-fondateur de Mutinerie, penseur, acteur et témoin des nouvelles formes de travail, passionné par le développement de communautés, j’aime faire des rencontres et raconter des histoires, deux activités auxquelles je peux me livrer par la grâce d’Amédée

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